Retraite forcée pour le doyen des cardinaux, Angelo Sodano

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Le cardinal Angelo Sodano et le pape François, le 13 février 2015 au Vatican.
Le cardinal Angelo Sodano et le pape François, le 13 février 2015 au Vatican. ANDREAS SOLARO / AFP

C’est par excellence l’une de ces figures un peu mystérieuses, volontairement discrètes, et sans conteste puissantes, qui, selon les connaisseurs de la curie romaine, tirent en coulisse les nombreuses ficelles qu’ils ont amassées dans leurs mains au cours d’une longue carrière. Angelo Sodano, 92 ans, a été mis à la retraite de ses fonctions de doyen du collège des cardinaux, qu’il occupait depuis 2005, samedi 21 décembre, par le pape François. Le pontife argentin a du même coup promulgué un motu proprio (un décret décidé de sa propre initiative) limitant à cinq ans, « éventuellement renouvelable », le mandat des futurs doyens du collège cardinalice, élus par ceux de leurs pairs qui ont le « grade » d’évêque. Jusqu’à présent, on était doyen des cardinaux à vie.

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Le doyen des cardinaux joue un rôle non négligeable au moment de l’élection d’un nouveau pape, puisque c’est lui qui préside les congrégations générales qui précèdent le conclave. C’est au cours de ces congrégations générales que commence à se dessiner la configuration des scrutins à venir. Certains observateurs seront confortés par cette démission dans l’idée, qui s’est précisée ces dernières semaines, que le pape François intensifie la préparation du terrain pour sa succession.

« Il devrait être en prison »

Né en novembre 1927 dans le Piémont italien, Angelo Sodano est un pur produit du service diplomatique du Saint-Siège. Au sommet de sa « carrière » curiale, Angelo Sodano fut le secrétaire d’Etat (le « premier ministre ») de Jean Paul II, de 1990 à 2006, d’autant plus puissant que la maladie allait se faire de plus en plus invalidante pour le pape polonais.

Auparavant, le Piémontais avait été longtemps nonce au Chili, de 1977 à 1988, à l’époque de la dictature d’Augusto Pinochet. Il est très introduit auprès du pouvoir et en conflit avec l’église chilienne. Celle-ci dénonce au contraire les exactions de la dictature, à travers l’archevêque de Santiago, Raul Silva Henriquez. Pour faire pièce à ce clergé récalcitrant, Angelo Sodano avait pris sous sa protection le père Fernando Karadima. La paroisse de ce prêtre charismatique des beaux quartiers de Santiago, El Bosque, fut la base à partir de laquelle s’est développée une aile très conservatrice dans le clergé chilien, au diapason des milieux proches du pouvoir pinochétiste.

Fernando Karadima, aujourd’hui défroqué, avait instauré autour de lui un réseau de jeunes gens, séminaristes ou laïques, beaucoup ayant été sous son emprise spirituelle et de pouvoir, et, pour certains, l’objet de ses violences sexuelles. A El Bosque, le nonce Sodano avait une pièce qui lui était réservée, « la salita del nuncio ». Il pouvait y discuter tranquillement de l’avancement des « protégés » de Karadima, dont cinq sont devenus évêques par la suite. « Sodano le monstre devrait être en prison pour le mal fait au Chili », a réagi samedi, sur Twitter, Juan Carlos Cruz, l’une des victimes de Karadima, qui a contribué à la mise au jour du scandale et, par ricochet, à la démission collective de l’épiscopat chilien en mai 2018.

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