Quarante-trois ans de prison en Thaïlande pour crime de lèse-majesté

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Anchan Preelert s’adresse aux médias à son arrivée au tribunal à Bangkok, le 19 janvier 2021.

Une Thaïlandaise de 64 ans, Anchan Preelert, a été condamnée, mardi 19 janvier, à une peine de quatre-vingt-sept ans d’emprisonnement pour crime de lèse-majesté. Sa peine a cependant été réduite de moitié car elle a plaidé coupable : quarante-trois ans. Ce verdict d’une exceptionnelle sévérité s’inscrit dans un contexte politique marqué par le fracassant retour de l’article 112 du code pénal (qui prévoit de trois à quinze ans de prison pour insulte au roi, à la reine, au prince héritier ou au régent), outil juridique implacable désormais destiné à clouer le bec à tout contempteur en puissance du roi Maha Vajiralongkorn.

Depuis décembre 2020, après plusieurs mois de manifestations d’étudiants et de la jeunesse urbaine exigeant notamment une « réforme de la monarchie », institution particulièrement opaque au royaume de Thaïlande, les cas de lèse-majesté pleuvent sur la tête des militants les plus audacieux du mouvement prodémocratique : une quarantaine de personnes, dont un mineur de 16 ans, ont été accusées de lèse-majesté.

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L’actuel souverain, monté sur le trône en décembre 2016, avait cependant émis le souhait, ainsi que l’avait publiquement annoncé le premier ministre, Prayuth Chan-o-cha, en juin 2020, que l’article 112 ne soit plus appliqué. La récente multiplication de défilés antigouvernementaux, au cours duquel Sa Majesté fut parfois conspuée, moquée, caricaturée, a vraisemblablement fait changer d’avis le souverain le plus riche du monde, dont le pouvoir ne se réduit pas à son rôle théorique de monarque constitutionnel.

Le mouvement étudiant en pause

Le mouvement étudiant est cependant mis en pause depuis fin décembre 2020 pour cause de nouvelle vague de pandémie de Covid-19. A l’exception d’un défilé… contre l’article 112, qui a eu lieu en fin de semaine dernière non loin du palais royal.

Le cas d’Anchan Preelert est emblématique : cette ancienne fonctionnaire du centre des impôts faisait face à 29 chefs d’inculpation couverts par le « 112 », comme l’on dit à Bangkok. « Le verdict de la cour est choquant et envoie un message glaçant consistant à prévenir que non seulement toute critique de la monarchie ne sera pas tolérée, mais qu’elle sera sévèrement punie », a réagi Sunai Phasuk de l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW).

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Anchan Preelert avait été arrêtée en 2015, un an après le dernier coup d’Etat mené par l’actuel premier ministre, Prayuth. Son crime ? Avoir partagé sur un réseau social un clip audio tourné en 2014 par un militant du nom d’Hasadin Uraipraiwan, qui contenait des passages jugés diffamatoires à l’encontre du roi, alors encore prince héritier. Non seulement l’accusée n’est pas l’autrice de cet enregistrement, mais elle s’était contentée d’en partager le lien. A la sortie du tribunal, Anchan a en outre fait valoir devant la presse qu’elle a vu bien d’autres personnes échanger le même lien sans avoir fait l’objet de poursuites judiciaires.

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