Pourquoi n’aura-t-on peut-être pas le résultat de la présidentielle aux Etats-Unis dès le 4 novembre ?

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Donald Trump – qui brigue un second mandat à la présidence des Etats-Unis – a mis en garde à la fin du mois d’août : le résultat de l’élection présidentielle du 3 novembre pourrait mettre « des semaines », « des mois », voire ne « jamais » être connu.

Outre-Atlantique, si les médias font généralement état d’un vainqueur dans la nuit qui suit le vote – dès qu’ils estiment que l’un des candidats s’est assuré 270 des 538 grands électeurs –, il faut néanmoins attendre quelques semaines avant que le résultat définitif du vote soit validé par les instances électorales et ne devienne officiel. A priori, donc, rien d’inédit si le nom de la prochaine personne à s’installer dans le bureau Ovale n’est pas dévoilé dans la foulée du scrutin. Ce fut d’ailleurs déjà le cas par le passé, notamment lors d’élections particulièrement serrées, comme en 2000 lors du duel entre Al Gore et George W. Bush dont l’épilogue avait été suspendu au comptage des voix en Floride.

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Seulement voilà, depuis des mois, Donald Trump prépare le terrain : s’il perd l’élection, c’est forcément parce qu’elle aura été truquée. La tendance à l’exagération – et à la mauvaise foi – du locataire de la Maison Blanche n’est plus à prouver, mais il est vrai que le décompte des suffrages pourrait être compliqué par le développement du vote par correspondance, élargi cette année dans le sillage de l’épidémie de Covid-19.

Dans neuf Etats (plus le district de Columbia) les bulletins de vote sont envoyés directement aux inscrits, sans qu’ils aient besoin d’en faire la demande (Washington, Oregon, Californie, Utah, Nevada, Colorado, New Jersey, Vermont et Hawaï). Dans 36 autres, s’ils veulent voter par correspondance, les électeurs doivent en faire la demande sans avoir à se justifier. Enfin, cinq Etats, tous des bastions républicains, réclament toujours un motif valable pour expliquer le refus de se rendre à un bureau de vote – parmi eux le Texas, qui a décidé que la crainte du coronavirus n’était pas une excuse suffisante pour les électeurs de moins de 65 ans.

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Selon le site USA Facts, 85,4 % des électeurs résident désormais dans des Etats qui autorisent le vote par correspondance, et, à trois semaines du « jour J », plus de dix millions d’Américains ont déjà voté par courrier, d’après un comptage de l’Elections Project de l’université de Floride : un record.

Or, note le think-tank politique Bipartisan Policy Center, les autorités vont avoir besoin de plus de temps que d’habitude pour comptabiliser ces votes, étant donné leur volume plus important. Les résultats risquent donc d’être incomplets le soir de l’élection. Surtout, les données disponibles dans la nuit du 3 au 4 novembre pourraient livrer une vision biaisée du rapport de force, alerte The Washington Post.

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  • Un processus plus long et des règles qui varient d’un Etat à l’autre

Plusieurs cercles de réflexion, dont le Bipartisan Policy Center, recommandent aux électeurs d’envoyer leurs suffrages le plus rapidement possible et aux Etats de commencer à recenser ces derniers au moins une semaine avant la tenue du scrutin. Mais, dans les faits, chaque Etat dispose d’un calendrier spécifique. Si le dépouillement débute dès réception des bulletins dans certains Etats, d’autres ne démarrent le traitement des suffrages que le jour de l’élection, soit le 3 novembre au soir. C’est le cas notamment de la Pennsylvanie et du Wisconsin, considérés comme des Etats pivots, ou swing states – ceux où le scrutin est particulièrement disputé.

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Or, le décompte des suffrages par correspondance est plus long que celui des suffrages exprimés dans les bureaux de vote. Et à chaque scrutin, une partie d’entre eux ne sont pas pris en compte : pour le scrutin de 2016, 1 % d’entre eux avaient été invalidés, selon la commission électorale fédérale. Parmi les raisons les plus fréquemment évoquées : la réception des bulletins après la date limite, l’absence de signature obligatoire de l’enveloppe de vote ou une signature ne correspondant pas à celle figurant sur les registres de l’Etat.

« De nombreux électeurs votent par correspondance pour la première fois, on s’attend donc à des erreurs, pointe Karen Brinson Bell, directrice générale du comité électoral de Caroline du Nord. Nous encourageons vivement les électeurs à lire attentivement les instructions et à s’assurer qu’ils remplissent tous les champs obligatoires présents sur l’enveloppe. » La Caroline du Nord, comme plusieurs autres Etats, offre aux électeurs qui ont commis certaines erreurs susceptibles d’invalider leur bulletin de vote – comme l’absence ou la non-concordance de signature − la possibilité de les corriger. La vitesse du dépouillement dépend aussi des équipements dont dispose chaque Etat.

  • Le « mirage rouge » ou « virage bleu »

Un des risques que ces retards font peser sur le bon déroulement du scrutin est la possibilité qu’un camp ou l’autre décide de proclamer sa victoire, sur la base de résultats incomplets, le soir de l’élection.

Donald Trump – qui vote lui-même par correspondance en Floride – ayant préalablement émis nombre de critiques sur ce dispositif de vote, ses partisans devraient être plus enclins à se déplacer dans les bureaux de vote le 3 novembre. Ainsi, les sondages de sortie des urnes risquent de mettre en lumière une surreprésentation des électeurs du Grand Old Party ; c’est ce que les analystes politiques outre-Atlantique qualifient de « mirage rouge ».

Car il est probable que le décompte des voix au cours des journées et éventuellement des semaines suivant le jour de l’élection ne fasse pencher la balance du côté de son rival démocrate, Joe Biden – ce que le professeur de droit à l’université d’Ohio State, Edward B. Foley, a théorisé en 2012 sous le terme de « virage bleu ».

Selon une enquête Ipsos pour l’agence de presse Reuters réalisée en août, près de la moitié des démocrates ont exprimé leur intention de recourir au vote par correspondance pour ce scrutin, contre seulement 25 % de républicains. Ce que confirment, d’ailleurs, les premières données recueillies dans les Etats pivots, rapporte The New York Times.

Ce phénomène a ainsi été récemment observé lors de la course au Sénat dans l’Arizona, en 2018. Les premiers décomptes réalisés dans la foulée du scrutin donnaient la républicaine Martha McSally en avance face à sa rivale démocrate Kyrsten Sinema. Mais il restait encore près d’un million de bulletins par correspondance à dépouiller, et, une semaine plus tard, c’est Mme Sinema qui a été déclarée vainqueure.

  • Quelles conséquences pour la suite ?

« Celui qui obtient la majorité des votes du collège électoral est le prochain président en vertu de notre Constitution. Si les fausses déclarations de victoire peuvent être très dommageables pour notre processus démocratique, elles ne peuvent pas déterminer le vainqueur », insiste le directeur du centre de droit gouvernemental à la faculté de droit d’Albany (New York), Richard Rifkin, dans l’émission politique « Capital Tonight » sur la chaîne câblée Spectrum News 1.

« Plus le décompte des bulletins de vote par correspondance prendra du temps, plus le récit s’imposera aux partisans de Trump et constituera leur “preuve” pour remettre en question les éventuels résultats défavorables des élections », met en garde auprès de Reuters Dennis Darnoi, un stratège politique républicain basé dans le Michigan. Ce scénario est d’autant plus plausible que Donald Trump met régulièrement en garde son camp contre des élections qui seraient « truquées » et joue avec l’idée de ne pas reconnaître l’issue du scrutin.

Les géants des réseaux sociaux se préparent d’ailleurs à cette éventualité. Selon The New York Times, Mark Zuckerberg, le fondateur et patron de Facebook, tient des réunions quotidiennes avec d’autres responsables sur les risques que ses plates-formes puissent être utilisées pour contester les résultats. Un porte-parole du réseau social a par ailleurs fait savoir fin septembre que Facebook « rejettera toutes les publicités politiques qui déclarent un candidat vainqueur avant que les résultats officiels n’aient été confirmés ».

  • Qu’en est-il sur le plan légal ?

Les Etats disposent d’une « période de sécurité » (« safe harbor period ») de cinq semaines après le jour du scrutin – jusqu’au 8 décembre cette année – pour résoudre tout litige ou vote contesté, et pour communiquer leur résultat final au collège électoral. Ce dernier doit se réunir le 14 décembre, pour ce qui revient traditionnellement à un simple vote d’approbation d’un résultat déjà clair.

Mais plusieurs voix, à l’instar de celle du professeur de droit Edward B. Foley, se sont élevées pour demander au Congrès de repousser la date limite de cette « période de sécurité » au 1er janvier, afin de donner la possibilité aux Etats de vérifier et de faire remonter le décompte de tous les bulletins de vote. Le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio, a même proposé l’examen d’une loi permettant d’atteindre cet objectif et d’éviter tout « chaos » post-électoral. Mais si cette dernière venait à être validée par le Congrès, il faudrait encore que Donald Trump la signe pour qu’elle soit suivie d’effet, ce qui semble peut vraisemblable, explique The Washington Post.

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Interrogé dans le cadre de l’émission « Capital Tonight », William Banks, professeur de droit à l’université de Syracuse (New York) estimait : « Sur une échelle de 1 à 10, je dirais que mon inquiétude [sur le bon déroulé de ce scrutin] est de 9. Il y a plusieurs scénarios plausibles qui pourraient faire dérailler cette élection. »

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