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EnquêteLa crise sanitaire a rendu les difficultés d’approvisionnement de la France en médicaments particulièrement sensibles. Pourtant, la dépendance du pays à des usines chinoises ou indiennes était connue depuis plusieurs années.
Au téléphone, la colère le gagne. Sénateur du Nord, Jean-Pierre Decool, 67 ans, s’énerve, parle de plus en plus vite, puis finit par lâcher d’une voix lasse : « Vous savez, certains jours, je me demande si l’action publique, à laquelle j’ai dédié toute ma vie, a encore un sens. » Confiné près de Dunkerque, dans le petit village de Brouckerque, dont il fut le maire pendant vingt-quatre ans, l’élu de droite, membre du groupe Les Indépendants-République et territoires, rumine et rumine encore. Comment la France, « sa » France, est-elle devenue au fil des ans un pays en mal de médicaments ? Un pays qui dépend d’usines indiennes et chinoises pour la fabrication de comprimés et de solutions injectables pourtant indispensables à une protection sanitaire de qualité. Un pays où, aujourd’hui, les soignants font face à la pandémie de Covid-19, les yeux rivés sur les armoires à pharmacie prises d’assaut.
Les praticiens en sont malheureusement réduits à gérer les réserves au jour le jour et à piocher avec prudence dans les cartons de sédatifs, d’antibiotiques ou d’anesthésiants. Ce travail de fourmi précautionneuse est ingrat et suscite de nombreuses interrogations éthiques. N’est-ce pas un crève-cœur, par exemple, de devoir substituer au désormais trop rare Hypnovel, puissant sédatif administré aux patients en fin de vie, du Rivotril, un antiépileptique qui permet surtout d’apaiser les convulsions ?
L’époque est singulière, il est vrai. La demande de produits médicaux a explosé depuis la propagation incontrôlable du SARS-CoV-2 et a vivement dégradé les stocks, même les mieux fournis. Pourtant, il ne faudrait pas s’y tromper, cette crise sévit depuis bien longtemps.
Jean-Pierre Decool n’est ni médecin ni pharmacien. Cet ancien professeur de mathématiques a néanmoins acquis de solides connaissances en matière d’approvisionnement en médicaments. Le 2 octobre 2018, il présentait au Sénat les conclusions de la mission d’information, lancée quelques mois plus tôt et présidée par le socialiste Yves Daudigny, sur « la pénurie de médicaments et de vaccins », dont il était le rapporteur.
Ces travaux, qui restent une référence, appelaient notamment « à recréer les conditions d’une production pharmaceutique de proximité » et réclamaient en urgence « la mise en place d’une véritable stratégie industrielle nationale et européenne », avec à la clé de nombreuses propositions concrètes.
« Vous vous rendez compte de la perte de temps ! »
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