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TANYA HABJOUQA / NOOR POUR « LE MONDE »
FactuelLe spectre d’une annexion par Israël de ce bloc de colonies en Cisjordanie s’est éloigné, mais, pour les habitants palestiniens de Bethléem, elle est déjà un fait accompli.
Avec ses lotissements à l’identique, toits rouges et murs beiges qui se déroulent à perte de vue le long de rues proprettes, ses habitants qui se saluent de loin en anglais, Efrat a des airs de banlieue du New Jersey. A condition de faire abstraction des drapeaux israéliens qui flottent aux balcons et de la silhouette d’un village palestinien accroché aux collines rocailleuses, juste en face. « C’est une colonie et je suis fier d’y vivre », explique Ben-Ami Menzin, qui promène sa chienne dans cette localité de 9 500 habitants du Goush Etzion, un bloc de colonies israéliennes entre Bethléem et Hébron, en Cisjordanie.
L’ancien New-Yorkais de 43 ans est venu chercher un peu d’« air pur », à une demi-heure de Jérusalem, où il travaille. A l’origine fondé par des colons nationalistes religieux, peu après l’occupation de la Cisjordanie, en 1967, le Goush Etzion est devenu « une banlieue de Jérusalem où les gens viennent car les logements sont moins chers », note Lior Amihai, directeur de l’ONG israélienne anti-occupation Yesh Din.
Beaucoup d’Israéliens considèrent d’ailleurs cette zone et les autres grands blocs de colonies en Cisjordanie occupée comme faisant déjà partie de leur Etat. Après avoir promis d’étendre à partir du 1er juillet la souveraineté israélienne à 30 % de la Cisjordanie − soit toutes les colonies israéliennes, illégales aux yeux du droit international, et la vallée du Jourdain −, il s’est murmuré que le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, pourrait annoncer, dans un premier temps, une annexion « minimaliste » de ces colonies. Le parrain américain − qui avait donné son feu vert avec le plan Trump pour le Proche-Orient, dévoilé en janvier − ne semblait plus si enthousiaste et la coalition au pouvoir en Israël, elle, se divisait sur le sujet.
« Sous les jets de pierres »
L’échéance est passée sans qu’aucune annonce ne soit faite. « Ce n’était pas une échéance », rappelle Josh Hasten, le porte-parole du conseil régional du Goush Etzion, seulement « la première date possible ». Il se dit confiant que le premier ministre « prendra la bonne décision » et enclenchera l’annexion « dans les semaines à venir ». Depuis quinze jours pourtant, le sujet ne fait plus les gros titres, balayé par les manifestations contre la crise économique et la résurgence de la pandémie de Covid-19.
A Efrat, la plupart des colons, eux, haussent les épaules. « L’annexion ne changera rien », assure Ben-Ami Menzin. En trente ans, la colonie s’est imposée comme un fait accompli. Quand Peter a débarqué de New York, avec femme et enfants, au début des années 1990, elle ne comptait que 500 habitants et il fallait traverser Bethléem, la ville palestinienne voisine, pour rejoindre Jérusalem, « parfois sous les jets de pierres ». Cinq ans plus tard, Israël a construit à grands frais la « route des tunnels », réservée aux propriétaires de voitures israéliennes. « Le trajet vers Jérusalem a été raccourci et vous n’avez plus à croiser de gens qui rendaient ce parcours… comment vous dire ?… plus sensible », raconte le septuagénaire, qui refuse de donner son nom.
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