Pour Israël, le plan Trump est une incitation à annexer les colonies

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Des colons israéliens à Kida, près de la colonie de Shilo et de la ville palestinienne de Naplouse en Cisjordanie, le 27 janvier.
Des colons israéliens à Kida, près de la colonie de Shilo et de la ville palestinienne de Naplouse en Cisjordanie, le 27 janvier. MENAHEM KAHANA / AFP

Benyamin Nétanyahou entend tirer sans tarder les conclusions pratiques de la « vision » de Donald Trump pour une « paix » israélo-palestinienne. Mardi 28 janvier, à Washington, le premier ministre israélien a remercié son « ami » américain pour sa reconnaissance de la « souveraineté » d’Israël sur la vallée du Jourdain et sur l’ensemble des colonies en Cisjordanie, « petites et grandes ». 

Puis, dans l’euphorie de la soirée, le bureau de M. Nétanyahou faisait savoir qu’il pourrait présenter dès dimanche, en conseil des ministres, une proposition de décret actant l’annexion de ces territoires. Il n’est pas assuré que cela soit juridiquement possible à un gouvernement de transition, suspendu à des élections législatives, prévues le 2 mars. Mais il faut peser cet empressement, qui tient de la course à l’abîme.

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Durant plus de treize ans au pouvoir, M. Nétanyahou avait « géré » le conflit plutôt que de tenter de le résoudre. Il était parvenu à maintenir le statu quo sur le contrôle des territoires palestiniens conquis par Israël en 1967, mais il a échoué à délégitimer la revendication des Palestiniens sur ces terres. Cette prudence confinant à l’inaction, c’était son héritage politique, qu’il est prêt aujourd’hui à rebattre entièrement.

Crimes de guerre

Ce lettré nourri d’histoire ne peut ignorer les conséquences qu’aurait l’annexion, un projet marginal il y a encore dix ans. Celle-ci romprait une digue entre l’Etat de droit israélien et le régime d’occupation militaire en vigueur dans les territoires palestiniens, dont le terme demeure suspendu à un règlement négocié du conflit. Elle menace le caractère démocratique et majoritairement juif d’Israël, en posant la question du sort des Palestiniens résidant dans les zones annexées. Une citoyenneté israélienne de plein droit peut-elle leur être accordée ?

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L’annexion mettrait enfin le pays en faute face à la Cour pénale internationale (CPI), dont la procureure, Fatou Bensouda, a annoncé en décembre, cinq ans après avoir été saisie par l’Autorité palestinienne, son intention d’enquêter sur des crimes de guerre attribués à Israël à Gaza et dans le cadre de la colonisation, en Cisjordanie.

Israël s’est pourtant déjà engagé sur le chemin de l’annexion, à pas comptés. Dès 2017, le comité central du parti de M. Nétanyahou, le Likoud, avait voté en faveur de la construction sans restriction dans les colonies en Cisjordanie et de l’application de la souveraineté israélienne. De façon accélérée depuis 2015, la Knesset s’est efforcée de tisser, loi après loi, des liens insécables avec les colonies. L’ONG israélienne de défense des droits humains Yesh Din a recensé soixante projets visant à légiférer sur ces terres. Six ont été adoptés.

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