Pour enrayer la contestation, Hongkong interdit le port du masque

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Manifestations à Hongkong, le 4 octobre. Les participants lèvent leurs mains pour symboliser leurs cinq demandes au gouvernement.
Manifestations à Hongkong, le 4 octobre. Les participants lèvent leurs mains pour symboliser leurs cinq demandes au gouvernement. Felipe Dana / AP

La chef de l’exécutif de Hongkong, Carrie Lam, engluée dans une crise qui s’aggrave de jour en jour, a annoncé vendredi 4 octobre dans l’après-midi, l’adoption, selon une procédure d’urgence, d’une loi interdisant le port du masque dans certaines circonstances. « Il s’agit avant tout d’interrompre le cycle de violence. Il ne s’agit pas de déclarer un état d’urgence », a indiqué Carrie Lam, entourée de ses principaux ministres lors d’une conférence de presse.

Le gouvernement a eu recours à une procédure datant de l’époque coloniale (« Emergency Regulations Ordinance ») qui n’a pas servi depuis les émeutes de 1967. La loi « antimasque » va entrer en vigueur vendredi soir à minuit.

En réaction, des dizaines de manifestants masqués ont entassé des barrières en plastique, des palettes de bois ou encore des plots de circulation sur une rue du centre de Hongkong, tandis que des milliers d’autres occupaient la chaussée. La Bourse a elle fortement chuté à l’annonce de la mesure. La chef de l’exécutif a toutefois indiqué que le parlement aurait l’opportunité de discuter cette loi, dès sa rentrée le 16 octobre.

Cette initiative confirme l’intention du gouvernement de continuer de gérer cette crise politique par la force et la répression plutôt que par le compromis et le dialogue, comme Carrie Lam l’a pourtant proposé le 4 septembre, en annonçant le retrait du projet de loi sur les extraditions. Avant même de savoir si la loi « antimasque » allait être adoptée, les manifestants avaient annoncé une journée « Masque pour tous », appelant tous les Hongkongais à en porter vendredi.

Allonger la durée des gardes à vue

« Une loi antimasque, comme il en existe dans de nombreux pays libres comme la France, n’entrave en rien la liberté d’expression des citoyens », avait déclaré jeudi l’avocat Nicholas Chan Hiu-fung, l’un des délégués de Hongkong à la chambre consultative du Parlement chinois, lors d’une conférence de presse d’une coalition de représentants de l’establishment qui a avancé cette mesure. Telle que proposée, l’interdiction ne s’appliquera que lors de rassemblements non autorisés.

Il est fréquent à Hongkong, et même considéré comme civique, de porter un masque de type chirurgical qui couvre la bouche et le nez, au travail et dans les lieux publics, dès lors que l’on est enrhumé ou contagieux. Face au recours de plus en plus fréquent aux gaz lacrymogènes par la police, les manifestants ont toutefois adopté le port de masques à gaz plus sophistiqués et plus couvrants. « A quoi bon adopter une loi si elle est impossible à faire respecter ? », avait pourtant déclaré Ronny Tong, membre du Conseil exécutif.

Il était également question d’avoir recours à la même procédure d’urgence pour allonger la durée des gardes à vue de quarante-huit à quatre-vingt-dix heures pour faire face aux arrestations massives, près de 1900 depuis le début du mouvement. L’idée d’un couvre-feu circule également. Carrie Lam a écarté la possibilité de démissionner estimant « son devoir » de gérer la crise.

Celle-ci a démarré après la présentation d’une loi facilitant les extraditions, y compris vers la Chine, début juin. Le projet de loi controversé devrait être formellement retiré par le Parlement dès sa rentrée.

Colère aggravée

NICOLAS ASFOURI / AFP

Plus encore que ce texte antimasque, c’est le recours à des lois d’urgence « archaïques » qui inquiète et est dénoncé comme « une dangereuse dérive vers un système autoritaire » par l’avocat et député du Civic Party, Dennis Kwok. « Le plus gros problème c’est la manière dont le gouvernement envisage de faire adopter cette loi sans respecter la procédure législative normale. Cela va créer un dangereux précédent », ajoute Eric Cheung, professeur de droit à l’université de Hongkong.

Depuis le 1er octobre, qui fut marqué par des émeutes dans treize districts, des désordres et des confrontations ont eu lieu toutes les nuits dans plusieurs quartiers.

La veille, la police avait changé son règlement interne quant à l’usage de la force, reclassifiant de manière plus laxiste l’usage des différentes armes à la disposition des agents, leur permettant d’utiliser des balles réelles dans des conditions moins strictes qu’avant. Cette information, connue ce vendredi, ne fait qu’aggraver la colère des manifestants contre la police, alors que le coup de feu tiré à bout portant sur un lycéen, le 1er octobre, continue de faire polémique.

Le fait que le jeune de 18 ans atteint d’une balle dans la poitrine ait été ignoré pendant plus de trois minutes par les forces de l’ordre a été largement dénoncé. « Un tel délai avec une blessure pareille peut faire la différence entre la vie et la mort », a déclaré le cardiologue Alfred Wong aux médias.

Par ailleurs, une photo du même jeune, prise un peu plus tôt dans la journée par l’AFP, montre que son « bouclier » n’est autre qu’une planche de natation en mousse, bricolée avec des cordes en guise de poignée. Le « bâton » blanc qu’il tient à la main semble léger et de petit calibre, loin de créer une situation de danger de mort pour les policiers anti-émeutes, comme l’a dit la police qui a cautionné le coup de feu.

De son côté, l’association des journalistes de Hongkong, HKJA, a entamé une procédure de contrôle judiciaire contre la police pour son traitement des journalistes. L’accident le plus grave a eu lieu dimanche 29 septembre, lorsque la journaliste indonésienne Veby Indah a été atteinte d’un projectile qui l’a rendue aveugle d’un œil.

Carrie Lam a également annoncé qu’elle prononcerait son discours de politique générale au premier jour de la rentrée parlementaire, le 16 octobre. Selon son entourage, elle devrait annoncer des mesures drastiques pour résoudre la crise aiguë du logement et des loyers. Elle mise énormément sur ce discours, dit-on, pour ramener le calme à Hongkong.

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HONG-KONG PROTEST

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