[Politique] Valéry Giscard d’Estaing à la Réunion : 100 000 personnes pour l’acclamer, du jamais vu

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La Réunion offrira à Valéry Giscard d’Estaing, élu à l’Elysée deux ans plus tôt, un accueil qu’on n’avait jamais vu jusqu’ici… et qu’elle n’a plus jamais renouvelé depuis. Cent mille personnes sont rassemblés à Gillot pour assister à l’arrivée du président de la République en Concorde. Quelques ségas ont même été composés à sa gloire par quelques grands noms de la musique locale dont Luc Donat.

Ce 20 octobre 1976, pas moins de 100 000 personnes font le déplacement jusqu’à l’aéroport de Gillot pour saluer la venue du chef de l’état. Il est vrai que cela faisait 17 ans que notre île n’avait pas reçu le président de la République. Il s’agissait alors du général de Gaulle. Député-maire de Saint-Denis, Auguste Legros vient l’accueillir à l’aéroport pour le recevoir officiellement une heure plus tard dans les salons de l’hôtel de ville. “Son arrivée a été impressionnante. Giscard d’Estaing était accompagné de tout son staff. Il avait voyagé en avion spécial et était suivi par de nombreux journalistes”, raconte l’ancien patron du chef-lieu.

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Des centaines de cars et de camions ont été réservés par les mairies. Peu après neuf heures, le Concorde se pose sur la piste et Valéry Giscard d’Estaing apparaît, ovationné par la foule. Pour l’occasion, quelques ségas ont même été composés à sa gloire par quelques grands noms de la musique locale. “L’été tan, nou lavé besoin d’un gran patron pou not’ destin”, chante Luc Donat sur le titre Séga Destin. “Giscard à la barre, ça même lé gaillard, avec Raymond Barre, Créoles lé peinards”, entonne pour sa part Michel Adélaïde sur le tube Séga Giscard, dont les paroles ont été écrites par Jean-Claude Thévenin, et la musique composée par Roland Raelison. Après un rapide passage en revue des troupes, en compagnie du préfet de La Réunion, des parlementaires et des élus, le chef de l’Etat gagne la tribune dressée face à la foule : “Réunionnaises, Réunionnais. Me voici, seul président de la République avec le général De Gaulle, en visite officielle dans la France de l’océan Indien. Dans cette île trouvée déserte et qui a été aménagée et développée par le travail de tous ceux qui sont venus s’y installer, venus de France…”

 

 

Sa visite débute dans les hauts

 

Son programme est très chargé, le président s’envole d’abord pour Salazie, en compagnie du préfet Lamy, de M. Olivier Stirn et de M. Michel Debré. Dans la grand-rue du village, l’orchestre en cuivre précède le cortège qui s’avance au milieu des cris et des drapeaux. Et si le chef de l’Etat commence son voyage par une commune des Hauts, ce n’est pas le fruit du hasard ; il a “tenu à ce que cette visite commence par une commune rurale, une commune des hauts de La Réunion… Parce que dans le présent et dans l’avenir, les ressources que vous tirerez de votre sol et de votre agriculture resteront essentiellement pour la subsistance d’abord, pour le développement ensuite de l’île toute entière. Et pourquoi les Hauts ? C’est parce que nous savons que la vie y est difficile… L’effort qui a été entrepris sera poursuivi…”, annonce Giscard d’Estaing.

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C’est ensuite dans la commune de Saint-Benoît que se rend le Président où l’attendent pas moins de dix mille personnes. Dans cette municipalité aussi, on évoque les problèmes agricoles par la voix du maire, M. Duchemann et, là encore, il assure que “l’effort considérable entrepris par l’Etat sera poursuivi”. Il évoque également le plan de modernisation de l’économie sucrière. Cependant, le détail des mesures concrètes n’est pas abordé. Car ce que veut M. Giscard c’est avant tout prendre contact, montrer au peuple réunionnais qu’il est là pour l’écouter et l’entendre. Et c’est bien ce que la population souhaite.

 

Un moment important de ce voyage officiel sera la rencontre entre le président et la jeunesse locale, rencontre qu’il a lui-même souhaitée. Cette même journée, donc, à 15h30, près de dix mille jeunes attendent le président au parc de verdure du Chaudron. Les problèmes que rencontrent la jeunesse réunionnaise, à savoir la scolarisation, la formation professionnelle, le chômage et l’emploi, mais aussi les responsabilités plus importantes que les élus et administrateurs devraient donner aux jeunes sont successivement abordés par Jean-Pierre Soisson, secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, et le chef de l’Etat.

 

 

L’autonomie s’invite à Saint-Louis

 

Le lendemain, 21 octobre, une autre visite importante se trouve au programme présidentiel. En effet le président doit se rendre à Saint-Louis, commune de l’opposition. Il semble d’ailleurs que la préparation de cette visite ne se soit pas déroulée dans les meilleures conditions comme le relate cet article du Journal de l’île du 22 octobre : “… La ville de Saint-Louis a un maire socialiste et des conseillers municipaux communistes… Depuis quelques jours, des incidents avaient éclaté ici et là dans la commune entre autonomistes et nationaux… Une heure avant l’arrivée du président de la République, de nouveaux incidents avaient éclaté…”.

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C’est là qu’il s’exprime sur la question de l’autonomie soulevée par le maire de Saint-Louis : “Vous avez parlé de votre choix en faveur de l’autonomie… S’il s’agit d’une autonomie et si vous la demandez pour vous, il faut naturellement l’accepter de part et d’autre. Cela veut dire une autonomie pour La Réunion, mais cela veut dire également une autonomie pour la métropole… C’est-à-dire que de part et d’autre, chacun prendrait, suivant sa propre responsabilité et en tenant compte de ses propres intérêts, les décisions qui le concernent”.

 

La fin du discours présidentiel sera consacrée aux responsabilités que les Réunionnais peuvent déjà prendre sans pour cela attendre l’autonomie : responsabilités dévolues aux assemblées départementales comportant des pouvoirs de décisions accrus au regard de ceux dont bénéficient les conseils généraux de la métropole. Ce discours, prononcé à Saint-Louis, est considéré par les Réunionnais comme le discours le plus important du voyage présidentiel. D’autant que tous les téléspectateurs réunionnais ont pu voir le mouvement d’humeur du président. En effet alors qu’il prononçait son discours, des cris s’élevaient dans la foule, poussés par les partisans ou les adversaires de l’autonomie. Cela n’empêche pas le président de garder un ton ferme et serein. Mais lorsque l’on entend monter de la foule un “A bas la France”, M. Giscard ne peut s’empêcher de montrer un vif mécontentement.

 

 

Des mesures pour “d’accélérer la départementalisation économique”.

 

Ces derniers instants passés sur le sol réunionnais sont l’occasion d’une ultime rencontre entre le chef de l’Etat et les journalistes locaux et métropolitains, dans la salle de conférences de la chambre de commerce à l’aéroport. “Ce ne fut pas une conférence de presse au vrai sens du terme, peut-on lire dans le Journal de l’Ile du 22 octobre 1976, le président de la République, en raison des contingences de l’horaire, ayant dû renoncer à répondre aux questions des journalistes…”. La fin de cette visite sera également le moment choisi par Valery Giscard d’Estaing pour annoncer les quinze mesures arrêtées par lui et son gouvernement afin “d’accélérer la départementalisation économique”.

 

“C’est fini, écrit le JIR; avec quelque retard sur l’horaire prévu, le Concorde présidentiel s’est arraché hier soir (21 octobre) de la piste de Gillot et a vite disparu dans un ciel chargé de nuages… Beaucoup de monde pour ce départ malgré l’heure tardive et la pluie fine sur Gillot. Honneurs militaires, Marseillaise, personnalités accompagnant le chef de l’Etat jusqu’à l’avion; le voyage présidentiel s’achèver comme il avait commencé…”.

 

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