Polémique en Afghanistan après la destruction du plus vieux cinéma de Kaboul

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Le Cinema Park de Kaboul, en mai 2012.

Le bruit quotidien de la guerre afghane et une crise du Covid-19 endémique ont laissé peu de chances à un symbole de la culture moderne en Afghanistan. Les bulldozers ont détruit, mardi 10 novembre, le bâtiment qui abritait, depuis soixante-dix ans, le plus ancien cinéma de Kaboul. Les rares défenseurs, artistes et intellectuels, de ce lieu historique, pilier de l’identité de la capitale et du patrimoine culturel, ont dénoncé une décision égale à celle des talibans ayant démoli, en 2001, des bouddhas de Bamiyan, classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

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Les images n’ont guère ému une opinion lassée par des drames autrement plus sanglants. On voit la présidente de l’association du film afghan, Sahraa Karimi, en larmes, contrainte par la force de quitter le petit parc où trônait le Cinema Park, situé au cœur de la ville. Les médias sociaux et quelques partisans n’ont rien pu faire. Les policiers ont mis fin au sit-in qui devait stopper les pelleteuses d’entrer en action. « Détruire le cinéma, c’est détruire notre culture, a-t-elle déclaré. C’est une honte. »

Une seule voix officielle, celle du ministre de l’information et de la culture, est venue soutenir le projet de Mme Karimi de reprendre le site délabré pour lui donner une seconde vie. La Direction du film afghan venait d’ailleurs d’annoncer l’organisation du Festival national du film de Lajward, du 21 novembre au 30 novembre, sur une quinzaine d’écrans, dont celui du Cinema Park. Mais la mairie de Kaboul, forte du feu vert du vice-président afghan, Amrullah Saleh, a décidé, sans attendre, de lancer les bulldozers contre le vieux cinéma, qui projetait encore quelques films par semaine en les annonçant par une grande banderole flottant sur le balcon du premier étage.

« Vandalisme culturel »

La municipalité de Kaboul, par la voix de sa porte-parole, Samira Rasa, a indiqué mardi que « le bâtiment du cinéma était devenu inutilisable et ne pouvait être reconstruit ». Elle a précisé qu’aucun plan alternatif n’avait été proposé et que la ville entend en faire « un centre culturel ». Pourtant, selon la chaîne de télévision Tolonews, une proposition de reprise du site avait été transmise, il y a dix mois, à la mairie. S’appuyant sur des documents, la chaîne affirme qu’un repreneur a soumis un projet de parc récréatif comprenant, outre la rénovation du cinéma, des restaurants et des marchés.

Ce cinéma avait été construit dans les années 1950 mais était devenu un endroit couru vingt ans plus tard, sous le règne du roi Zaher Shah. Les zones rurales demeuraient très traditionnelles mais dans la capitale, les mœurs s’occidentalisaient. Les jeunes couples assis côte à côte se retrouvaient au Cinema Park devant les dernières productions d’Afghanistan, d’Inde, d’Iran et d’Hollywood. Les Pakistanais venaient même y voir des films interdits dans leur pays. La guerre quasi continue que connaît l’Afghanistan depuis l’invasion soviétique en 1979 et l’absence d’entretien ont contribué au délabrement du cinéma – et nombre d’Afghans regardent désormais les films sur leur télévision ou en DVD.

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