« Pékin va vouloir se positionner comme meneur de l’après-Covid »

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Alice Ekman est spécialiste de l’Asie à l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne (Iesue, basé à Paris), qu’elle a rejoint en 2019 après plusieurs années passées à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Elle est l’auteure de Rouge vif. L’idéal communiste chinois, publié en 2019 aux Editions de l’Observatoire.

Alice Ekman.
Alice Ekman. Sindbad BONFANTI
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Les critiques contre la Chine provoquent des réactions agressives de la part de ses diplomates. Pourquoi ?

La Chine est dans la riposte systématique : on ne laisse rien passer. On répond, on corrige. En 2013, le président Xi Jinping avait déclaré devant le comité central du Parti communiste chinois : « Nous devons consciencieusement corriger les multiples idées qui ne sont pas en accord avec notre étape actuelle du socialisme à la chinoise. » Depuis, il n’a cessé de marteler cette volonté de correction, avant d’imposer, en 2016, le concept des « quatre confiances en soi » (confiance en son propre « système », sa « voie », ses « théories » et sa « culture »), qui implique le devoir de rester ferme face à toute critique.

La crise due au Covid-19 ne provoque pas à Pékin de remise en cause ou d’introspection. Au contraire, la communication officielle glorifie l’efficacité présumée de la gestion chinoise de la crise et insiste sur les faiblesses supposées des pays dits « occidentaux ». Il s’agit de projeter l’image d’une Chine exemplaire, modèle. Cette riposte systématique a même pris un tour émotionnel, parce qu’il s’agit de la fierté de la nation et de son image aux yeux du monde, dans un contexte déjà gagné par l’émotion liée à la maladie et à la mort. Et les diplomates chinois ont visiblement le feu vert pour donner libre court à leurs ressentiments.

Lire l’enquête : Chine : la diplomatie du « loup combattant »

Dans quelle mesure l’aide sanitaire est-elle instrumentalisée par la Chine ?

Dans la crise actuelle, la Chine brandit une nouvelle étiquette, très large, de lutte contre la pandémie, pour promouvoir services, produits et programmes de formation, comme elle le faisait autour des « nouvelles routes de la soie ». Elle va chercher à se positionner comme le pays meneur de la sortie de crise et proposer – notamment aux Etats émergents – des « solutions » médicales, logistiques, technologiques, économiques ou financières pour remonter la pente. Dans certains pays, des entreprises chinoises ont déjà commencé à proposer des « solutions anti-épidémiques » telles que des équipements de vidéoconférence Huawei ou des caméras de surveillance Dahua, capables de mesurer la température [corporelle]. Ces outils digitaux pourront ensuite être utilisés pour d’autres usages que ceux liés au Covid-19.

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