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Le secrétaire d’Etat américain accuse la Russie : « Une évidence », dit Mike Pompeo. Jusqu’à présent, le président est resté silencieux : Donald Trump a toujours ménagé Vladimir Poutine. Mais des conseillers de la Maison Blanche pointent, eux aussi, une responsabilité « russe ». Joe Biden, le président élu, sans nommément accuser quiconque, évoque la nécessité d’une réplique.
Découverte ces derniers jours, l’affaire d’espionnage informatique dont les Etats-Unis ont été victimes risque fort d’empoisonner plus avant les relations entre Moscou et Washington. L’ampleur exceptionnelle qui lui est prêtée en ferait un des plus gros coups du siècle en matière de renseignement. Seul un Etat a pu mener une pareille opération, ou alors une des mafias vedettes du cybercrime, dit Nicolas Mazzucchi de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).
C’est une affaire de geeks. On est loin de l’univers tourmenté des maîtres espions qui peuplent les romans de John le Carré. De nos jours, les agents ne passent plus guère d’une frontière à l’autre, morale ou géographique. Ils opèrent dans le cyberespace, ce « lieu » hors limites, immatériel, et qu’aucune règle ne semble régir. Aujourd’hui, George Smiley, l’un des héros mythiques de le Carré, serait programmeur en chef. Tourmenté, il s’interrogerait : peut-on tout faire dans le cyberespace ? A quel moment l’espionnage débouche-t-il sur l’agression pure et simple ?
Des millions de données
L’honnêteté commande la prudence. « On ne parle jamais des incursions occidentales dans les systèmes chinois ou russes », dit le politologue américain Robert Dujarric. A Washington, ceux qui fournissent des informations à la presse ont leurs raisons, poursuit-il : augmenter la part d’un budget public, vanter les mérites d’une société de sécurité informatique.
Comme l’explique Martin Untersinger dans Le Monde du 20-21 décembre, les pirates sont passés par un fournisseur de logiciels américain, SolarWinds. Firme de gestion de systèmes informatiques, elle a pour clients une bonne partie du gouvernement fédéral, dont le Pentagone, et nombre de grandes sociétés américaines. Les pirates ont piégé l’un des programmes courants de SolarWinds. En cliquant sur la fenêtre « mise à jour », les clients, privés et publics, laissaient entrer un virus espion de la plus méchante espèce. Cela s’est passé en mars. Les pirates ont eu dix mois pour examiner des millions de données.
Et sans doute faudra-t-il « des mois sinon des années pour établir l’ampleur des dégâts », poursuit Nicolas Mazzucchi. « Encore ne peut-on se fonder que sur les déclarations des victimes », dit-il, qui, pour préserver un cours de Bourse ou la réputation d’un service public, peuvent avoir intérêt à sous-évaluer. SolarWinds relèverait de l’espionnage, pas du sabotage. Dans les années 2010, Américains et Israéliens ont utilisé un logiciel de destruction, Stuxnet, pour démanteler une partie du programme nucléaire iranien. C’était un acte de guerre.
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