nouveau jour de manifestation à Rangoun contre le coup d’Etat militaire

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Publié aujourd’hui à 05h21, mis à jour à 06h36

La Birmanie reste sous tension. Des milliers de personnes sont à nouveau descendues dans les rues, dimanche 7 février, malgré la censure d’Internet et les arrestations, pour protester contre le coup d’Etat qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi en début de semaine.

Des policiers antiémeutes ont été déployés en nombre près de l’université de Rangoun, dans le nord de la capitale économique birmane, où avait lieu la manifestation. Aucun affrontement n’a été rapporté.

Des dizaines de policiers antiémeutes déployés à Rangoun, le 7 février.

« Nous continuerons à nous rassembler jusqu’à ce que nous obtenions la démocratie. A bas la dictature », a déclaré Myo Win, un manifestant de 37 ans, sous un concert de coups de klaxons. « La dictature est enracinée dans notre pays depuis trop longtemps », a déploré Myat Soe Kyaw, alors que la Birmanie a déjà vécu près de cinquante ans sous le joug de l’armée depuis son indépendance en 1948.

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Arrestation d’un premier ressortissant étranger

Non loin de là, des contestataires criaient : « Libérez Mother Suu », en référence à Aung San Suu Kyi. D’autres agitaient des drapeaux, aux couleurs de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), et faisaient le salut à trois doigts, un geste de résistance inspiré par le film Hunger Games. D’autres sont aussi sortis dans les rues aux premières heures de la journée et tapent sur des casseroles pour « chasser les démons », les militaires.

Des milliers de manifestants réalisent un salut à trois doigts, un geste de résistance inspiré par « Hunger Games », à Rangoun, le 7 février.

Samedi, plusieurs milliers de personnes s’étaient déjà réunies dans la capitale économique birmane, premier grand rassemblement depuis le putsch des militaires qui ont instauré l’état d’urgence pour un an, arrêté Aung San Suu Kyi ainsi que des dizaines de responsables politiques et des activistes.

Des milliers de manifestants se rassemblent à Rangoun pour dénoncer le coup d’Etat de l’armée et réclamer la libération d’Aung San Suu Kyi, le 7 février.

Malgré les ordres de blocage d’Internet et des réseaux sociaux par l’armée, le rassemblement de dimanche était retransmis en ligne sur Facebook où les messages de soutien affluaient : « Vous êtes nos héros », « Respect aux manifestants ».

Des manifestants dénoncent le blocage d’Internet par l’armée, le 7 février, à Rangoun.

Dimanche, la censure se poursuivait et les outils de communication restaient très perturbés. « Les généraux tentent de paralyser le mouvement citoyen de résistance et de laisser le monde extérieur dans l’ignorance », a déploré Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies (ONU) sur les droits de l’homme en Birmanie.

Les arrestations se poursuivent. Plus de 160 personnes ont été interpellées, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques, installée à Rangoun. Un conseiller économique de l’ex-dirigeante de 75 ans, l’Australien Sean Turnell, était retenu dans son hôtel.

Des manifestants tendent des roses aux policiers antiémeutes, à Rangoun, le 7 février.

« Je suis actuellement détenu et peut-être accusé de quelque chose », a déclaré samedi à la BBC ce professeur de l’Université Macquarie en Australie. Il s’agit de la première arrestation connue d’un ressortissant étranger depuis le putsch.

Aung San Suu Kyi « en bonne santé »

Aung San Suu Kyi, très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité dans la crise des musulmans rohingyas, reste adulée dans son pays. Elle a été inculpée pour avoir enfreint une obscure règle commerciale et se trouve « assignée à résidence » dans la capitale Naypyidaw, « en bonne santé », d’après un porte-parole de la LND.

Les autorités « doivent garantir que le droit de réunion pacifique est pleinement respecté et que les manifestants ne seront pas soumis à des représailles », a tweeté le bureau des droits de l’homme des Nations unies après les manifestations de samedi.

L’ONU a appelé à la libération de tous les détenus mais n’a pas condamné formellement le coup d’Etat dans sa déclaration commune, Pékin et Moscou, soutiens traditionnels de l’armée birmane aux Nations unies, s’opposant à cette formulation. Les Etats-Unis et l’Union européenne font de leurs côtés planer la menace de sanctions.

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Pour justifier son passage en force, le chef de l’armée, Min Aung Hlaing, qui concentre désormais l’essentiel des pouvoirs, a allégué d’« énormes » fraudes aux législatives de novembre, massivement remportées par la LND. En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d’Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution, très favorable aux militaires. Ces derniers ont promis des élections libres à la fin de l’état d’urgence.

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