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De la Libye au Haut-Karabakh, du Yémen à la Syrie, des populations vivent sous la menace de frappes aériennes, souvent irrespectueuses du droit de la guerre. Face aux conflits modernes, dans lesquels se mêlent des Etats surarmés et des acteurs « gris », il était opportun d’interroger l’arme aérienne, comme le fait le lieutenant-colonel Florian Morilhat. A 38 ans, cet officier de l’armée de l’air a rejoint l’état-major après des missions opérationnelles en Afghanistan, au Sahel ou dans le Golfe comme pilote d’hélicoptère de l’escadron Pyrénées, basé à Cazaux. Il vient de publier Ethique et puissance aérienne (Economica, 108 pages, 24 euros).
Ce travail, solide, fait appel à la philosophie autant qu’à l’expérience pour s’inscrire en défense d’« une arme focalisée sur la précision, à la recherche d’une parfaite maîtrise de la violence ». Mais l’officier accepte aussi d’en exposer longuement la critique morale, qu’il partage en partie. La distanciation toujours plus grande qu’apporte la technologie des missiles et des aéronefs permet de tuer sans s’exposer. Elle a abouti, notamment dans le cas des frappes de drones de la CIA, à commettre des crimes d’assassinat extrajudiciaire.
Ainsi, la licéité de l’élimination par les Etats-Unis du général iranien Qassem Soleimani, début 2020 en Irak, « semble hautement contestable » pour l’auteur. En revanche, estime-t-il, « rien dans le droit international humanitaire ne permet de considérer que l’opérateur de drone ne serait pas un combattant » s’il intervient dans le cadre des règles de la guerre, même ce militaire américain frappant au Moyen-Orient depuis sa base aérienne de Creech, au Nevada. Florian Morilhat a répondu en exclusivité aux questions du Monde.
Vous rappelez qu’il n’existe pas de droit particulier à l’arme aérienne, comment l’éthique intervient-elle dans ce cadre ?
Il n’existe pas de droit spécifique à l’arme aérienne, en effet. Sûrement parce que les Etats qui en possèdent l’avance technologique n’ont aucun intérêt à légiférer. C’est particulièrement vrai des Etats-Unis depuis la deuxième guerre mondiale. Mais le droit des conflits armés s’applique bien ! Et dans la conception des Occidentaux, les « règles d’engagement » – tout ce qui guide l’ouverture du feu pour les pilotes – sont, normalement, encore plus restrictives. Dans certaines conditions – pour faire simple, en l’absence de risque pour la population civile –, le droit autorise les bombes incendiaires. Nous, Français, en refusons totalement l’emploi car nous les jugeons contraires à nos valeurs. C’est là où intervient l’éthique.
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