« Nixon, Clinton, Trump et le souffle de la destitution »

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Les quatre présidents américains ayant fait l’objet d’une procédure de destitution: Andrew Johnson, Richard Nixon, Bill Clinton et Donald Trump.
Les quatre présidents américains ayant fait l’objet d’une procédure de destitution: Andrew Johnson, Richard Nixon, Bill Clinton et Donald Trump. MATHEW BRADY, J. DAVID AKE, MANDEL NGAN / AFP

Washington, juillet 1974. Richard Nixon vit ses dernières semaines à la Maison Blanche, traqué, épuisé, émotionnellement vidé. La procédure de destitution lancée contre le 37président américain va aboutir, assurait-on dans la capitale fédérale. Le républicain vient d’être mis en accusation par une commission de la Chambre des représentants. Le Sénat va le destituer, le chasser de la Maison Blanche, accomplir cet acte politique fracassant : défaire le verdict du suffrage universel – au nom du comportement « hautement délictuel » du président.

Plutôt que subir cette humiliation, Nixon, le 9 août, préférera démissionner. Mais la procédure de destitution menée contre lui passe aujourd’hui pour avoir été un « modèle », la référence, l’impeachment tel que l’ont voulu les rédacteurs de la Constitution, et très exactement tout ce que ne sera pas la procédure menée ces jours-ci à l’encontre du 45e président, Donald Trump. Pourquoi ?

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L’Amérique de 1974 est en proie aux tourments de la guerre du Vietnam. Des milliers de GI sont toujours en Indochine. En fin de premier mandat, en février 1972, Nixon change le profil de la guerre froide en renouant avec la Chine communiste – fait stratégique majeur. Mais les bombardements américains redoublent au Vietnam et s’étendent au Cambodge. Sur les campus, les étudiants sont mobilisés contre la guerre. Les émeutes raciales de la fin des années 1960 ont traumatisé le pays. Ce sont des temps de tempête.

Elu pour un premier mandat en 1968, Nixon est tranquillement réélu en 1972. La victoire était acquise à l’avance. Mais Nixon est un homme sombre, méfiant, roublard, un tantinet paranoïaque, convaincu que les « élites » sont à ses trousses. On n’est jamais assez informé sur l’adversaire : pendant la campagne, la Maison Blanche commandite le cambriolage du quartier général des démocrates à Washington, dans un immeuble des bords du Potomac, le Watergate. Tragicomédie : les cinq monte-en-l’air se font prendre en train de poser des micros.

En ce temps-là, un fait était un fait et Nixon ne le contestait pas

Ce n’est pas tant ce misérable petit « casse » politique qui sera au cœur du déclenchement de l’impeachment que la manière dont la Maison Blanche va tout faire pour camoufler son rôle dans cette affaire : pression sur les témoins, manipulation des services de l’Etat, refus d’obtempérer à la justice et au Congrès. Stagiaire dans une radio affiliée au réseau ABC, je suis promené de la Maison Blanche à la Cour suprême, du Sénat à la Chambre. J’observe la machinerie en action des pouvoirs et contre-pouvoirs de la démocratie américaine. Le Watergate ne fut pas seulement le fait du Washington Post, suivi par le New York Times, mais le résultat cumulé et simultané des enquêtes de la presse, du judiciaire et du Congrès.

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