Niloufar Bayani, militante de l’environnement dans l’arbitraire des prisons iraniennes

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Niloufar Bayani, en 2008 près de Téhéran.

On la voit d’abord de dos, portant une veste en cuir. Elle court dans un champ de fleurs de colza, ses cheveux noirs bouclés brillant sous le soleil. Quelques secondes plus tard, elle fait demi-tour et se retourne vers la caméra. Son jeune visage est illuminé par un sourire. C’était en 2014, en Suisse, lorsque l’Iranienne Niloufar Bayani travaillait encore à Genève pour le programme des Nations unies pour l’environnement. Quatre ans plus tard, en janvier 2018, cette spécialiste de conservation de la biodiversité est arrêtée en Iran, avec sept autres collègues. Parmi eux, elle est celle qui a subi le plus de pressions : huit mois en cellule d’isolement avant d’être condamnée, en février 2020, à l’issue de 1 200 heures d’interrogatoires, à dix ans de prison pour « espionnage » sous couverture de ses actions en faveur de l’environnement, la peine la plus lourde parmi les accusés.

La crise sanitaire du Covid-19 avait laissé imaginer à sa famille que la jeune femme puisse bénéficier d’une sortie temporaire de la prison d’Evin, à Téhéran. Cet espoir a fait long feu. C’est pour cela que, après deux ans et demi de silence, les proches de Niloufar Bayani ont décidé de témoigner. L’Iranienne de 33 ans est la seule, parmi ses collègues, à avoir osé, lors de son procès et dans des lettres adressées aux autorités iraniennes, dénoncer les tortures qu’elle a subies. Elle est ainsi devenue une nouvelle figure de la résistance en Iran.

« Pires insultes »

Rendues publiques récemment, ces lettres sont des documents inédits sur le traitement réservé aux prisonniers politiques en Iran et jettent une lumière crue sur la mainmise sur la justice des gardiens de la révolution, l’armée idéologique à l’origine de l’arrestation des défenseurs de l’environnement et de tant d’autres Iraniens.

« Après les premiers mois de prison qui ont été très durs, c’est comme si, soudain, Niloufar était devenue forte, imbrisable, incassable, qu’elle n’avait plus peur, raconte depuis Téhéran Mazdak, un de ses amis proches, qui préfère être cité sous un pseudonyme. A partir de là, elle a raconté ce qu’elle avait vécu. »

Dans l’une de ses lettres, Niloufar Bayani témoigne de l’influence des gardiens de la révolution sur la justice. « Mes interrogateurs me répétaient sans cesse : “Nous frappons à la bouche du juge qui n’accepterait pas la sentence que les gardiens de la révolution lui dicteront.” » Elle raconte aussi avoir fait l’objet « des pires insultes à caractère sexuel lors de très longs interrogatoires en présence d’une équipe d’agents qui me demandaient d’assouvir leurs fantasmes sexuels ».

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