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L’audience sera brève, formelle, mais seule la photographie compte. Elle sera dévastatrice. Le 17 mars, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, devra se rendre à la cour de district de Jérusalem, située à une vingtaine de minutes en voiture de sa résidence : il y entendra lecture de son acte d’accusation, au premier jour de son procès pour corruption, fraude et abus de confiance.
Cette comparution est prévue deux semaines après les élections législatives du 2 mars, les troisièmes depuis avril 2019. Elle devrait pourtant avoir peu d’effet sur la campagne électorale, qui ne s’est pas interrompue depuis le dernier scrutin, en septembre. L’accélération du processus judiciaire a contribué à effacer la majorité de M. Nétanyahou. Mais son opposition est trop divisée : il demeure un partenaire incontournable de toute coalition de gouvernement. Sa prestation à Washington, fin janvier, lors du dévoilement de la « vision » de Donald Trump pour une « paix » israélo-palestinienne, ne l’a pour autant pas fait progresser dans les sondages.
Peu de moyens pour faire traîner
Si M. Nétanyahou arrive en tête du scrutin, le président, Reuven Rivlin, peut lui confier la tâche de mener les négociations entre partis. Son procès promet cependant de réduire ses marges de manœuvre. Sur le banc des prévenus, le premier ministre aura à admettre sa culpabilité ou à rejeter une à une chaque charge portée contre lui, dans trois affaires distinctes. Il fera face à trois juges, dont la première, Rivka Friedman-Feldman, a déjà participé à la condamnation de son prédécesseur, Ehoud Olmert, pour des faits de corruption.
M. Nétanyahou, qui risque dix ans de prison, a échoué en janvier à obtenir une immunité du Parlement. L’ouverture de son procès le soumet désormais au calendrier judiciaire : il dispose de peu de moyens pour faire traîner la procédure. « M. Nétanyahou peut avoir à voyager à l’étranger, il peut tomber malade… Mais sa capacité à repousser l’échéance sera désormais extrêmement limitée », note Gad Barzilai, ancien doyen de la faculté de droit de Haifa.
Au cours de ce procès-fleuve, le procureur général et les avocats examineront d’abord un dossier constitué au fil de quatre ans d’enquête. Plus de 300 témoins sont attendus à la barre, et le procureur décidera quand M. Nétanyahou sera amené à comparaître, probablement pas avant mai.
Les députés du Likoud ne cessent de le rappeler : la loi n’interdit pas à M. Nétanyahou de continuer à diriger le gouvernement jusqu’à une éventuelle condamnation finale en appel, devant la Cour suprême, ce qui peut prendre plusieurs années. Pour leur part, ses alliés ultraorthodoxes et de la droite ultranationaliste et messianique ont renouvelé la semaine dernière leur serment d’allégeance au premier ministre.
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