mort du premier ministre Hamed Bakayoko, flamboyant homme de pouvoir

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Hamed Bakayoko, à l’époque ministre de l’intérieur, lors du congrès pour l’investiture d’Alassane Ouattara comme candidat du RHDP à l’élection présidentielle, à Abidjan, le 22 mars 2015.

Hamed Bakayoko faisait de la politique comme nul autre. Dans le microcosme dirigeant de la Côte d’Ivoire, où l’ascendance familiale et la fortune de départ sont de puissants leviers pour partir à la conquête des sommets, il était différent. « Hamback », l’un de ses surnoms, incarnait l’enfant du peuple qui, par sa volonté et une fidélité sans faille à son mentor, avait su gravir presque toutes les marches du pouvoir. Il est mort mercredi 10 mars d’un cancer foudroyant dans un hôpital de Fribourg, en Allemagne, quelques jours après avoir été transféré de Paris, où il était soigné depuis le 18 février. Il venait de fêter, le 8 mars, ses 56 ans.

« C’était un grand homme d’Etat, un modèle pour notre jeunesse, une personnalité d’une grande générosité et d’une loyauté exemplaire », s’est aussitôt ému le chef de l’Etat ivoirien après la perte de ce « fils ». Avec la mort d’Amadou Gon Coulibaly en juillet 2020, Alassane Ouattara a perdu subitement ses deux derniers premiers ministres, ses deux plus fidèles, ses deux piliers. De quoi croire à une malédiction.

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Depuis son apparition dans l’espace public ivoirien, Hamed Bakayoko semblait pourtant placée sous une bonne étoile. Lui, l’enfant d’Adjamé qui n’avait que le baccalauréat en poche et mit vite un terme à ses études de médecine, fut tout d’abord un leader étudiant à la tête d’un mouvement favorable au président Félix Houphouët-Boigny, quand la jeunesse du pays se mobilisait pour la fin du parti unique. Puis ce fut le journalisme, lorsqu’il devint le premier patron du Patriote, quotidien qui fait figure d’organe quasi officiel du parti aujourd’hui au pouvoir – le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) –, avant de prendre la direction de Radio Nostalgie Côte d’Ivoire en 1993. C’est à ce moment que se forgèrent sa proximité avec Dominique Ouattara, l’actuelle première dame, et son lien avec les artistes ivoiriens, puis de tout le continent.

Hamed le flambeur, Bakayoko le sécurocrate

Hamed Bakayoko le « golden boy » aimait la fête sans retenue. Malgré son physique de videur de boîte de nuit, il n’était pas homme à rester à l’écart lorsque du coupé-décalé ou de la rumba zaïroise venaient électriser une piste de danse. Quel homme politique peut en effet se vanter de posséder une discothèque dans le sous-sol de sa maison ? DJ Arafat, star ivoirienne du coupé-décalé morte en août 2019 dans un accident de moto, était son « fils ».

Noceur invétéré une fois la nuit tombée, « Hamed », comme l’appelaient le plus fréquemment ses compatriotes, était durant ses journées un boulimique de pouvoir. Son premier portefeuille ministériel, il l’obtient début 2003 dans un gouvernement d’union nationale, alors que le pays est coupé en deux depuis la tentative de coup d’Etat de septembre 2002. Engagé au côté d’Alassane Ouattara, qui est alors inéligible, mais sans en être un très proche, il devient le ministre des nouvelles technologies de l’information et de la communication de Laurent Gbagbo. Puis en 2011, lorsque ce dernier est chassé du pouvoir par la force après avoir perdu l’élection, il prend à la surprise générale le poste très stratégique de ministre de l’intérieur.

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Hamed le flambeur devient Bakayoko le sécurocrate dans une Côte d’Ivoire encore fracturée politiquement. Alassane Ouattara aime à l’appeler « petit Pasqua ». Signe de la confiance que lui porte son aîné, alors que le pays vient de subir une série de mutineries, le président le nomme en 2017 à la tête du ministère de la défense. Sa charge sera de rendre la troupe moins dépendante des volontés des anciens chefs rebelles et plus opérationnelle face aux défis d’une nation dont les flancs nord sont exposés aux avancées djihadistes venues du Sahel. La mission est en partie réussie, mais la grande ambition de Bakayoko était de ramener tous les acteurs politiques ivoiriens autour d’une même table. « Hamed était un conciliateur avec un réel sens du partage. Il était en avance sur son temps, avec un esprit ouvert sur la société. Il voulait que tout le monde se retrouve, mais tout en restant loyal », relate l’un de ses proches.

Un homme de réseaux proche du monde des affaires

Depuis sa nomination, en mai 2020, au poste de premier ministre – intérimaire après l’évacuation sanitaire d’Amadou Gon Coulibaly et confirmée après le décès de ce dernier –, Hamed Bakayoko avait pris en main le dossier du retour de Laurent Gbagbo, avec lequel il s’était entretenu. Il avait réuni l’opposition pour l’amener à participer aux législatives qui se sont tenues le 6 mars. Ce retour à une vie politique plus apaisée après les 87 morts officiellement recensés lors de la dernière présidentielle est en partie son œuvre. Ces prochains jours, les hommages venus de sa famille politique comme des rangs de l’opposition devraient confirmer l’étendue de ses amitiés.

Homme de réseaux – il était notamment chez les francs-maçons grand maître de la Grande loge de Côte d’Ivoire –, Hamed Bakayoko semblait au moins aussi à l’aise sur un marché de la populaire commune d’Abobo, dont il était maire, qu’auprès des grands de ce monde. Son amitié avec Mohammed VI s’exposait sur les réseaux sociaux lorsque le souverain marocain venait passer quelques jours de villégiature entre Abidjan et la station balnéaire d’Assinie.

Il y a quelques années, Hamed Bakayoko s’interrogeait sur ses ambitions. « Suis-je prêt à tous les sacrifices qu’implique une vie de président ? », se demandait-il un peu faussement, une édition très limitée du Parrain de Francis Ford Coppola posée sur la table du salon. Alassane Ouattara ne lui avait pas fermé la porte de sa succession, mais estimait que son « fils » n’était « pas encore prêt », du fait de sa trop grande proximité avec le monde des affaires. A Abidjan, nombre d’entrepreneurs et de diplomates s’inquiétaient de la voracité économique de l’entourage du premier ministre. La majorité des Ivoiriens ne semblaient guère s’en émouvoir, eux qui avaient fait d’Hamed Bakayoko leur ministre le plus populaire.

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