Mort de Paul Fusco, photographe du train funéraire de Robert Kennedy

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Le train funéraire de Robert Kennedy, le long d’une voie de chemin de fer, aux Etats-Unis, en 1968.

Il y a des images tellement en adéquation avec un moment tragique de l’histoire qu’elles en deviennent représentatives d’une époque.

La série Funeral Train, de Paul Fusco, est de celle-là. En 1968, après l’assassinat de Robert Kennedy, le photographe américain, posté dans le train emportant la dépouille du sénateur, avait saisi sur sa pellicule les habitants éplorés et dignes, massés devant les voies, venus de leur propre chef rendre un dernier hommage au candidat à la présidence des Etats-Unis. La série, ignorée pendant trente ans, est devenue très célèbre, traduisant l’émotion de ces Américains dans cette époque troublée, marquée par les combats pour les droits civiques et les espoirs de changement. Le photographe est mort le 15 juillet, à 89 ans.

Lors de la grève des travailleurs des vignes, en Californie, en 1968.

A cette époque, Paul Fusco travaille pour le magazine Look. Il a appris la photographie à l’armée pendant la guerre de Corée, avant d’étudier le photojournalisme à l’université de l’Ohio et d’emménager à New York. Pour Look, déjà, il aime particulièrement traiter les sujets de société : les travailleurs migrants, la vie des Noirs dans le Sud, le travail des mineurs dans le Kentucky…

Le 5 juin 1968, il apprend que Robert Kennedy, candidat à la primaire démocrate de Californie pour l’investiture à l’élection présidentielle de novembre, et frère du président assassiné cinq ans plus tôt, s’est fait tuer à son tour. Le 8 juin, il reçoit l’autorisation de monter dans le train funéraire qui transportera la dépouille de New York à Washington DC.

Le train funéraire de Robert Kennedy, à Harmans (Maryland), en 1968.

Lorsque le convoi sort des tunnels près de New York, Paul Fusco, frappé par la masse de gens qui se sont rassemblés sur le passage du train, braque son appareil sur ces anonymes qui saluent, pleurent ou se tiennent juste debout en silence, dignes et solennels. Des familles pauvres, des Blancs et des Noirs, des enfants juchés sur des poteaux…

Un père et son fils font le salut militaire, avec la mère au fond, sur un chemin de terre. De cette image, le photographe dira, dans un entretien réalisé pour une exposition au MoMA de San Francisco : « Ils sont pauvres et ils ont une vie difficile, mais ils sont fiers de ce qu’ils ont accompli, et reconnaissants à Bobby pour avoir cultivé l’espoir parmi les gens pauvres, les Noirs et les innombrables Américains laissés pour compte. » Pendant huit heures, le photographe mitraille, sans changer de place, en tentant de réduire l’effet de flou dû au mouvement du train et au soir qui tombe peu à peu.

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