Matteo Salvini veut arracher à la gauche un de ses bastions

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Des mères dont les enfants on été placés en service d’accueil témoignent lors du meeting électoral de Matteo Salvini, à Bibbiano ( italie), le 23 janvier.
Des mères dont les enfants on été placés en service d’accueil témoignent lors du meeting électoral de Matteo Salvini, à Bibbiano ( italie), le 23 janvier. STRINGER / REUTERS

C’est une ville comme frappée par la foudre, désormais coupée en deux camps irréconciliables. Bibbiano était, il y a quelques mois, une commune paisible de la plaine du Po, à moins d’une heure de route de Bologne. Environ 10 000 habitants, une gau­che municipale hégémonique et une certaine aisance, née de la fabrication du parmesan… Le « modèle Emilie-Romagne » dans toute sa splendeur.

Mais, à l’été 2019, éclate un scandale qui bouleverse cette petite communauté sans histoire. Pendant des années, des dizaines d’enfants des environs auraient été soustraits à leurs parents sur la base d’accusations d’abus inventées et de témoignages manipulés, pour être confiées à des familles d’accueil. Des médecins, des travailleurs sociaux et plusieurs élus issus du Parti démocrate (PD, centre gauche) sont arrêtés fin juin, et fleurit, dans toute l’Italie, à l’initiative de l’extrême droite, un slogan : « Parlez-nous de Bibbiano ».

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Depuis, une commission d’enquête a été instituée, qui a ramené le scandale à des proportions plus modestes (on parle désormais d’une poignée de cas litigieux), les accusations contre le maire de Bibbiano, Andrea Carletti, ont été considérablement amoindries et l’emballement s’est un peu calmé. Mais en attendant le procès, à droite, on continue de penser que la gauche locale a couvert, voire ­organisé, un lucratif trafic d’enfants, tandis qu’à gauche, on soutient que l’affaire est une pure construction médiatique.

Jeudi 23 janvier au soir, à trois jours d’une élection régionale incertaine, ces deux mondes se faisaient face, pacifiquement, à une centaine de mètres de distance.

Place de la République, les partisans de la candidate Lucia Borgonzoni (Ligue, extrême droite), soutenue par Matteo Salvini, étaient rassemblés sous le mot d’ordre de « giu le mani di bambini » (« bas les pattes des enfants ! »), tandis qu’à deux pas, le mouvement des « sardines », ce jeune mouvement antifasciste italien, avait appelé ses partisans à ne pas laisser à la Ligue et aux catholiques ultraconservateurs le monopole de la parole.

« Bataille culturelle »

Selon la préfecture, plus de 2 000 personnes étaient comptabilisées côté « sardines », la moitié autour de M. Salvini… Mais l’essentiel n’est pas là. Car l’affaire ­Bibbiano est un symbole. Elle frappe une région dans ce en quoi elle croit au plus profond d’elle-même : l’excellence de ses services sociaux et d’un certain modèle d’Etat-providence. Matteo Salvini mène, ici, une « bataille culturelle ». Il le fait, comme à son habitude, sans états d’âme et avec une redoutable efficacité.

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