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Pendant la campagne, Mark Kelly l’a répété à longueur de clips sur les écrans de télévision de l’Arizona. « Il faut le reconnaître : les événements sont un peu imprévisibles ces temps-ci. » Le crâne lisse et rond, les épaules rassurantes, le candidat arborait le tee-shirt noir devenu l’emblème de sa candidature : « Mais il y a une chose dont vous pouvez être sûr : je ferai passer l’Arizona d’abord. »
« Arizona First », avec ce slogan, écho à peine voilé à celui qui a fait les beaux jours du trumpisme (« America first »), Mark Kelly, 56 ans, a remporté, mardi 3 novembre, le siège du républicain John McCain, disparu en 2018. Un astronaute centriste remplace le sénateur anticonformiste. Mardi soir, le démocrate devançait la républicaine Martha McSally de plus de cinq points, sur les résultats portant sur 83 % des bulletins. La candidate n’a pas concédé la défaite, mais Mark Kelly s’est exprimé devant ses amis. « L’heure n’est pas à célébrer, a-t-il dit. Mais à se mettre au travail. »
Mark Kelly a capitalisé sur son profil d’ancien militaire, modéré, en adéquation avec l’électorat d’un Etat foncièrement républicain mais rebuté par les manières du président. Solide, il s’est attaché à représenter la voix de la science et de la raison dans un Etat lourdement frappé par le Covid-19.
Astronaute aux quatre missions
Mark Kelly a une histoire hors du commun : les Américains le connaissent comme l’astronaute aux quatre missions dans l’espace dont deux aux commandes de la navette spatiale. Tout comme son jumeau, d’ailleurs : Scott, également astronaute, qui a passé trois cent quarante jours en orbite pour préparer une éventuelle mission sur Mars. Les frères Kelly ont grandi à Orange, dans le New Jersey. Leur père était policier ; leur mère voulait l’être aussi. Elle est devenue la première femme du comté à porter l’uniforme bleu. Mark s’est enrôlé dans la marine marchande, puis il a fait des études d’ingénieur aéronautique. Avant la navette, il pilotait des avions de combat.
Le capitaine Kelly est aussi l’homme qui a été aux premières loges d’un drame national, le 8 janvier 2011, quand sa femme, la représentante de l’Arizona Gabrielle Giffords, blessée à la tête, est restée pendant des jours entre la vie et la mort après un attentat qui a fait 6 morts à Tucson, où elle faisait campagne. L’Amérique a suivi le destin de Gabby et de son mari. Pendant qu’elle réapprenait à vivre, il a fini la mission prévue avec la NASA. Elle s’est remise à parler, mais ce n’est qu’au prix de longues séances avec sa rééducatrice qu’elle a réussi à tourner un clip de campagne avec lui. Diffusée le 13 octobre, la vidéo s’appelle « Commitment » (« engagement »). Comme celui du mariage et la promesse de Mark Kelly à ses électeurs : démocrates, républicains, « la mission passe en premier ». En 2013, le couple a lancé la fondation Americans for Responsible Solutions pour le contrôle des armes à feu. Et, pour une fois, il est difficile à la NRA de peindre le démocrate – un ancien pilote de chasse – comme un adversaire du deuxième amendement (qui protège le droit de porter des armes à feu).
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