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Reportage« La Californie, une histoire française » (3/6). Dans l’Amérique des prospecteurs, les femmes font de la figuration. Ce n’est pas le cas de cette Savoyarde qui débarque à San Francisco en 1850. Chercheuse d’or, productrice de spiritueux, familière des saloons, elle combat les conformismes sexistes. « Mrs Pants » sera une pionnière du féminisme.
De Marie « Pantalon », il ne reste qu’une signature, mais c’est une proclamation de bravoure, un défi féministe avant l’heure. Le paraphe écrase tous les autres sur le document. Une pétition, en date de 1869 : les prospecteurs réclament un meilleur système d’adduction d’eau sur les mines d’or, le genre de questions sur lesquelles seuls les hommes ont voix au chapitre. Non seulement la Savoyarde s’est permis de s’en mêler, mais elle l’a fait en grand. Sur la liste des quelque cent signataires, on ne voit que son nom, Marie Suize Pantalon. Chercheuse d’or (à succès), fumeuse de pipe, meneuse d’hommes (mais pas mangeuse). Première femme à produire des spiritueux en Californie. La badass originelle dans un Etat à l’avant-garde du féminisme.
Dans les chroniques de la Ruée vers l’or, les femmes font généralement de la figuration. Elles sont aimables, charmantes et chouchoutées. La Californie en manque désespérément : 500 femmes arrivent dans la première moitié de 1850, contre 23 500 hommes. Beaucoup sont blanchisseuses ou employées de maison. Les autres font rêver, les Françaises en particulier (les Américaines sont « longues comme des hallebardes », décrit le voyageur Edouard Auger en 1853). Les journaux sont à l’affût des arrivées féminines. Le New York Herald entretient même un correspondant à Paris qui a pour mission d’annoncer les embarquements pour San Francisco (et les mensurations). Si le vent est favorable, les lecteurs peuvent espérer voir débarquer dans les six mois mademoiselle Frisette, une ancienne actrice des Folies-Dramatiques dont la « réputation d’amabilité » n’est plus à faire. Et mademoiselle Diane Vernet, « la cavalière la plus intrépide du bois de Boulogne »…
« Certains disent qu’elle a meilleure allure en vêtements masculins que féminins. Elle est bâtie comme un marin. » Le journal « Alta California », en avril 1871
Marie Suize n’est pas de ce demi-monde-là. Non seulement elle boit, fréquente les saloons (où elle sera arrêtée !) et tient tête, pistolet en main, en 1860, à une bande de Canadiens qui croient pouvoir s’en prendre à sa concession, mais elle porte aussi le pantalon, une transgression réprouvée par le code pénal – ne parlons pas de la presse. « Certains disent qu’elle a meilleure allure en vêtements masculins que féminins, insinue l’Alta California en avril 1871. Elle est bâtie comme un marin. » Elle ne présente « pas la douceur habituelle des traits féminins », grimace un autre journal. La Savoyarde est dure au labeur, mais elle a le sens du marketing. Puisque la presse parle de ses vêtements, elle en fait sa marque de fabrique. Sur les annonces de sa cave à vins, elle devient Marie « Pantalon ». Ou « Mrs Pants », selon le degré de bilinguisme de la clientèle.
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