Longtemps soutiens du régime, les ouvriers biélorusses ont tourné le dos à Loukachenko

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Une réunion des ouvriers de la mine de potasse Belaruskali, le 17 août à Soligorsk (Biélorussie).

Au téléphone, notre interlocuteur parle à voix basse : « La direction nous a réunis, écoutez ! » Au loin, une voix se fait entendre, qui s’exprime de ce ton paternaliste qui caractérise, pour le meilleur et pour le pire, le monde ouvrier dans les pays de l’ex-Union soviétique : « Vous êtes perdus, vous ne savez pas quoi faire… Peut-être que les 80 % [de voix officiellement accordées à Alexandre Loukachenko lors du scrutin présidentiel du 9 août] étaient exagérées, mais le conflit n’est pas la solution… »

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La scène se passe à Soligorsk, une ville du centre de la Biélorussie qui vit autour de l’immense mine de potasse de l’entreprise Belaruskali, 25 000 employés. Alexeï Krotov, 46 ans dont vingt-sept à la mine, reprend le combiné : « Là ils font les gentils, mais les menaces ne cessent de pleuvoir. L’administration a prévenu que tous les grévistes seraient renvoyés, que ceux qui les soutiennent auraient leur salaire coupé. Les forces antiémeute sont aux entrées des sites. Et ça marche… Les gens ici ont des crédits, des familles, nous sommes loin de tout, sans aucune information. Rappelez plus tard, je vous dirai ce qu’est la vie d’un mineur, je vous raconterai ce que “Batka” [le Père, le surnom de Loukachenko] fait à ses enfants. »

Une réunion des ouvriers de la mine de potasse Belaruskali, le 17 août à Soligorsk (Biélorussie).

L’estimation de M. Krotov, confirmée par une autre source indépendante, donne la proportion des grévistes chez Belaruskali à 30 %, soumis à une pression immense. Mais là comme ailleurs, les images diffusées sur les réseaux sociaux depuis une semaine montrent que l’on a massivement voté en faveur de Svetlana Tsikhanovskaïa, la rivale de M. Loukachenko aujourd’hui en exil. Dans les réunions publiques, pas une main ne se lève pour « Batka ».

Lundi 17 août, une scène a illustré cruellement, mieux qu’aucun chiffre, le divorce entre le président et les ouvriers. Ce jour-là, Alexandre Loukachenko se rend à l’usine de tracteurs de Minsk, MZKT. Les ouvriers ont été soigneusement préparés, sélectionnés. La rencontre doit effacer les images de foules immenses le conspuant, partout dans le pays. « Vous les travailleurs, vous m’avez toujours soutenu ! » En réponse, une longue huée et des cris à n’en plus finir : « Pars ! Pars ! »

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« On a cru à ses mots doux »

A Soligorsk comme ailleurs, une guerre souterraine est en cours, à l’issue encore incertaine. Mais cela ne change rien au mouvement de fond. Au pays des usines (un quart de la population active) et des fermes collectives, les ouvriers ont fait défection. M. Loukachenko les avait érigés, aux côtés des paysans, en symboles de son modèle social et idéologique dérivé de l’Union soviétique – ils lui ont tourné le dos. Dans les cortèges, ils se placent en première ligne, présence rassurante, emblèmes d’une page qui se tourne.

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