l’intelligentsia afghane face au retour des talibans

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Installés, sous un pâle soleil, sur les pelouses du campus de l’université de Kaboul, les étudiants et professeurs semblent loin de la violence et de l’incertitude qui règnent, au quotidien, dans la capitale afghane et plus largement dans le pays. Pourtant, cette oasis de tranquillité n’échappe pas à l’écho des négociations de paix historiques, débutées le 12 septembre à Doha, au Qatar, entre les talibans et le gouvernement de Kaboul. Et ceux que l’on considère comme les représentants de l’élite éclairée afghane ne cachent pas leur inquiétude sur la perspective d’un retour au pouvoir des insurgés.

« J’espère que, dans trois ou quatre ans, nous pourrons toujours vivre ainsi », glisse Abdul Waheed Wafa, le directeur de l’Afghanistan Center à l’université de Kaboul. Le doute est palpable au sein du plus grand établissement universitaire du pays. Voilà quatre décennies que l’Afghanistan est en proie aux combats. Et les talibans, forts de leurs succès militaires sur le sol afghan, et diplomatiques sur la scène internationale, continuent d’imposer leur loi dans le cadre de négociations face à un pouvoir central affaibli. D’où l’expression d’une crainte réelle de perdre des libertés acquises depuis la chute des talibans, fin 2001.

Tokhara (au centre)  et Yasamin (avec un hijab noir), 20 ans, étudiantes à l’Université de Kaboul, dans les jardins de l’université de Kaboul le 28 septembre.

Tout d’abord, le pré-accord de paix signé le 29 février entre les Etats-Unis et les talibans stipule que les troupes américaines doivent quitter l’Afghanistan en mai 2021. D’ici là, vu le rythme très lent des pourparlers interafghans, le refus des insurgés d’accepter l’instauration d’un cessez-le-feu et la poursuite des attaques dans le pays, tout invite à croire que les talibans auront encore accru leur emprise militaire. Pour Abdul Waheed Wafa, « rien n’est clair dans ces négociations interafghanes. Quelle est l’idéologie des talibans ? Est-ce qu’ils ont changé en vingt ans, comme ils le prétendent ? Que veulent-ils exactement ? ».

M. Wafa fait partie des nombreux Afghans éduqués revenus de l’étranger pour s’installer en Afghanistan. En 2012, après une année de master à l’université Harvard, aux Etats-Unis, consacrée à « la gouvernance », il a quitté ce pays avec sa femme, malgré « de bonnes propositions de travail et parce que nous nous sentions une responsabilité envers notre pays ». Ces derniers mois, dit-il, assis derrière son bureau à l’université, « l’ambiance » est telle que nombre de ses amis et des membres de sa famille quittent l’Afghanistan. « Mon frère vient de partir aux Etats-Unis avec son fils et ma fille me demande pourquoi ces gens partent », explique cet homme de 43 ans.

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