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Le gouvernement indien resserre un peu plus son étau sur le Cachemire, cette région himalayenne de 12,5 millions d’habitants, à majorité musulmane, frontalière du Pakistan. Le ministère de l’intérieur a ouvert, mardi 27 octobre, la voie à de substantielles modifications du territoire. Des amendements aux lois sur la propriété foncière, avec application immédiate, autorisent désormais des non Cachemiris à acquérir des terres. C’est un changement majeur.
La décision du gouvernement découle directement du coup de force opéré le 5 août 2019, lorsque le premier ministre Narendra Modi avait brutalement décidé d’abroger l’article 370 et 35A de la Constitution. Le premier conférait une autonomie spéciale au Jammu-et-Cachemire, ne donnant au gouvernement central qu’un pouvoir limité aux questions de défense et de communications. Le second restreignait le droit de propriété et d’accès à la fonction publique aux seuls résidents permanents, c’est-à-dire les individus nés au Jammu-et-Cachemire ou y résidant depuis plus de dix ans. Le 5 août, le Cachemire avait été rétrogradé au statut de territoire de l’Union, gouverné directement par New Delhi, et séparé du Ladakh, sa partie orientale à majorité bouddhiste.
Après ce coup de force, le gouvernement avait supprimé, en avril 2020, le certificat de résident permanent, permettant aux non Cachemiris de postuler à des emplois dans la région, mais il avait promis de protéger les droits fonciers, dont bénéficient également d’autres Etats comme l’Himachal Pradesh.
Une « trahison »
L’opposition dénonce une « trahison » et redoute une dilution de l’identité de la région ainsi qu’une modification de la démographie. Le Cachemire est le seul Etat d’Inde à majorité musulmane – 80 % de la population, alors qu’au niveau national, les musulmans ne représentent que 14 % des Indiens. En libéralisant les terres, le gouvernement Modi devrait favoriser l’installation d’hindous.
L’opposition craint également une modification de la physionomie de cette région, aux paysages somptueux, prisée des touristes et vierge d’industries polluantes. Bénéficiant d’un climat tempéré, le Cachemire recèle des terres très fertiles pour l’agriculture et de nombreux vergers. Deux tiers des pommes du sous-continent y sont produites. Jusqu’à présent les terres agricoles étaient très protégées.
Désormais, le gouvernement, s’il le juge nécessaire, pourra autoriser la conversion de terres agricoles à des fins non agricoles. « Dans les zones identifiées comme zones industrielles, nous voulons que des industries viennent ici, comme dans le reste du pays, afin qu’il y ait du progrès, du développement et de l’emploi », a assuré le lieutenant-gouverneur de Jammu-et-Cachemire, Manoj Sinha, représentant de New Delhi. L’ordonnance gouvernementale ne comporte pas de restrictions quant à la superficie de terrain pour la construction de bâtiments ou de commerces.
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