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Dans son bureau aux meubles acajou et au parquet grinçant, situé dans un bâtiment historique du centre de Varsovie, le député nationaliste Krzysztof Bosak, 37 ans, a pris l’habitude de recevoir des médias considérés comme ceux du camp opposé, ce qui, en Pologne, est loin d’aller de soi. Aux murs, de vielles photos jaunies des milices nationalistes formées dans l’entre-deux-guerres rappellent que le Mouvement national, auquel il appartient, se revendique d’une tradition ancienne, celle de la « national-démocratie » polonaise qui eut, en son temps, une contribution non négligeable à l’indépendance du pays.
« A l’égard de la démocratie, nous avons une position plutôt sceptique, admet-il pourtant, un sourire en coin. Sceptique ne veut pas dire que nous n’acceptons pas les règles du jeu de la compétition politique. » Pour lui, les réformes radicales menées d’une main de fer depuis 2015 par les ultraconservateurs du PiS (Droit et justice) ont eu « quelques aspects positifs » mais « restent globalement un échec ». « La politique économique a accrû notre position de “colonie” par rapport aux capitaux étrangers. Notre politique étrangère s’est révélée plus servile que jamais envers les Etats-Unis et Israël. On attendait un grand retour des valeurs traditionnelles, mais il n’y a jamais eu autant de Gay Prides qu’aujourd’hui. »
Dans un pays où l’extrême droite franchit rarement le seuil lui permettant d’avoir des élus, le parti de Krzysztof Bosak, Konfederacja (« Confédération »), a été la principale surprise du scrutin des législatives du 13 octobre, recueillant 6,8 % des suffrages et plus de 1,2 million de voix. Les onze députés présents à la Diète sont autant de contrariétés pour la majorité ultraconservatrice. La tribune qu’offre leur présence dans l’hémicycle constitue une concurrence dont la majorité se serait bien passée.
L’UE, « nouvelle Union soviétique »
C’est la réalisation d’une des pires hantises de Jaroslaw Kaczynski. L’homme fort du pays a toujours tenu à conserver le « monopole de la radicalité », gardant sous contrôle les débats qui secouent la frange la plus dure de son électorat. Or, sur des sujets aussi sensibles que l’interdiction totale de l’avortement, les droits des minorités sexuelles ou la restitution des biens juifs spoliés pendant la seconde guerre mondiale, les leaders de Konfederacja ont bien l’intention de se faire entendre. « Nous allons faire pression sur l’opinion publique, ce qui reste le moyen le plus efficace, confirme Krzysztof Bosak. Le PiS va devoir prouver qu’il n’est pas un parti centriste ou modéré. » S’il n’exclut pas un « soutien constructif » de ses députés à certains projets du gouvernement, il qualifierait toute alliance formelle de « traîtrise ».
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