Des détracteurs de l’Union européenne l’accusent de négocier des accords de libre-échange sans demander l’avis des peuples.
Par Maxime VaudanoPublié aujourd’hui à 16h20, mis à jour à 16h35
Temps de Lecture 2 min.
Agathe Dahyot / Le Monde
Idées reçues sur l’Europe (5/6). Encore triomphant au début du troisième millénaire, le libre-échange n’a plus la cote. Une grande partie de la population européenne a perdu confiance dans les bienfaits des échanges commerciaux internationaux. A gauche comme à droite, nombreux sont ceux qui reprochent à l’Europe de conclure toujours plus d’accords commerciaux avec des pays où la main-d’œuvre est moins chère, encourageant ainsi une concurrence déloyale néfaste aux entreprises et aux travailleurs européens, alors qu’elle devrait plutôt rétablir des barrières pour les protéger.
Cette question promet d’être au cœur de la campagne pour les élections européennes du 23 au 26 mai… mais, au fond, l’Union européenne (UE) est-elle responsable de la signature de ces accords commerciaux ?
Selon vous, qui décide de conclure les nouveaux accords commerciaux qui s’appliquent en France ?
Le gouvernement français
L’Union européenne
Les deux
Je ne sais pas
Pour résumer, c’est l’UE qui négocie les accords, mais les gouvernements des pays membres, et donc le gouvernement français, doit donner son feu vert. En effet, depuis le traité de Lisbonne (2008), la France n’est plus responsable de sa politique commerciale : c’est la Commission européenne qui discute et signe les accords commerciaux avec le reste du monde, au nom des Vingt-Huit Etats européens.
Ces dernières années, la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, a conclu des accords avec le Canada, le Japon, Singapour, le Mexique ou encore le Vietnam. Mais elle n’a pas agi seule, dans le dos des Vingt-Huit. Pour chaque accord, ses services ont mené les pourparlers sur la base d’un mandat voté par les Vingt-Huit, qui contenait des instructions précises de négociation et des lignes rouges à ne pas franchir. Tout au long des discussions, ils ont échangé avec des représentants des Vingt-Huit. Et à chaque fois, les vingt-huit chefs de gouvernement ont dû approuver à l’unanimité l’accord final avant que celui-ci n’entre en vigueur.
Quelle latitude pour le gouvernement français ?
Sur le papier, un gouvernement comme celui de la France a donc la possibilité de mettre son veto à un nouvel accord de libre-échange – même si, dans les faits, cela peut s’avérer bien plus compliqué, puisqu’il pourrait subir d’importantes pressions politiques des autres pays.
L’exemple de l’accord économique et commercial global UE-Canada, le CETA, illustre bien la complexité du processus : la première version de l’accord négociée par la Commission européenne ayant suscité d’importantes craintes de l’opinion publique et des ONG, plusieurs gouvernements et groupes politiques européens l’ont contrainte à revoir sa copie. Elle a donc présenté une version révisée du traité deux ans plus tard, censée corriger les dispositions les plus problématiques.
Alors que la signature du CETA approchait, la région belge de Wallonie a ensuite réussi à bloquer, à elle seule, le processus parce que l’accord ne lui convenait toujours pas. Le traité a finalement été signé après l’octroi de quelques concessions supplémentaires.
A l’inverse, le gouvernement grec d’Alexis Tsipras a été contraint d’approuver l’accord UE-Canada malgré ses réticences, car il ne disposait pas du poids politique suffisant pour s’y opposer.
On peut gager qu’un gouvernement français qui serait frontalement opposé à la signature d’un nouvel accord commercial aurait, à l’inverse, l’influence suffisante pour le faire dérailler.
Les accords commerciaux en négociation
Retrouvez notre série « Idées reçues sur l’Europe »
A l’occasion des élections européennes du 26 mai, l’International Fact-Checking Network (IFCN), réseau international de vérification d’information dont Le Monde est partenaire, a réalisé un sondage pour confronter les idées reçues sur l’Europe des citoyens de plusieurs pays (France, Allemagne, Espagne, Italie, Pologne et Suède).
Et vous, quelles sont vos connaissances et opinions sur l’Europe ? Coïncident-elles avec celles des Français interrogés ? Et avec la réalité ? Vous pourrez le vérifier dans le cadre de notre série d’articles sur :
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