L’Europe doit soutenir l’Arménie « pour empêcher un recul de la démocratie »

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Tribune. Dans l’actuelle guerre du Karabakh, derrière la bataille juridique entre le principe d’intégrité territoriale et le droit à l’autodétermination, il existe un enjeu universel, qui est celui de la démocratie.

Sur ce plan, tout oppose les dirigeants de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie. İlham Aliev, président de la république d’Azerbaïdjan, a hérité en 2003 du pouvoir de son père Heydar Aliev (1923-2003), qui fut membre du politburo du Parti communiste soviétique et responsable du KGB ; Nikol Pachinian, journaliste de formation, a été un opposant politique emprisonné, avant d’être élu premier ministre de l’Arménie en mai 2018 au terme d’un mouvement populaire anticorruption de six semaines absolument sans violence.

Djihadistes de tous horizons

Aliev a ensuite prolongé son pouvoir, d’élections truquées en campagnes contestées par les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Pachinian a vu son élection par les députés confirmée par des législatives dont la régularité a été saluée par la même instance.

Leurs priorités ne sont pas non plus les mêmes. Aliev, enfant gâté devenu prince d’un pays comblé par l’or noir, dépense en armes sophistiquées l’argent de son pétrole. Pachinian fait accéder aux responsabilités une nouvelle génération, éduquée à l’activisme civique dans les ONG, traque la corruption, crée une couverture sociale. Et, malgré le néfaste pouvoir égalisateur de la guerre, ces différences se retrouvent dans la gestion du conflit.

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L’Azerbaïdjan est notoirement l’agresseur, équipé de frais, entraîné avec soin et guidé à rênes courtes par son allié turc. L’Arménie se défend autant qu’elle peut, et les quelques attaques qu’elle a menées sur des villes n’ont jamais eu le caractère de destruction systématique du Karabakh mise en œuvre par Bakou [capitale de l’Azerbaïdjan].

Pachinian a envoyé son fils au front, la famille Aliev s’occupe surtout de corrompre quelques hommes ou femmes politiques occidentaux. La partie arménienne honore ses soldats morts « au service de la patrie », en publiant régulièrement leurs noms et leurs dates de naissance. La partie azerbaïdjanaise s’en garde bien, de peur de faire apparaître les djihadistes venus de tous horizons.

« Chiens »

Quand il évoque ses adversaires, le premier ministre arménien parle d’un risque de nouveau génocide, Aliev traite plus simplement les Arméniens de « chiens ». Recep Tayyip Erdoğan, le président turc, définit sans vergogne l’Arménie comme « le plus grand obstacle à la paix dans le Caucase », et son allié, au sein du gouvernement turc, le leader d’extrême droite Devlet Bahceli, parle de « noyer les Arméniens dans des mers de sang ».

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