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Editorial du « Monde ». Deux images résumaient la situation en Biélorussie, dimanche 23 août : d’une part, celle de la vue aérienne du centre de Minsk, de nouveau envahi par une impressionnante marée humaine de manifestants pacifiques ; et d’autre part, celle du président, Alexandre Loukachenko, vêtu de noir et d’un gilet pare-balles, un fusil d’assaut à la main, coupé de la population.
Deux semaines après l’élection présidentielle du 9 août, au résultat grossièrement falsifié, le blocage politique est total. Le nombre de manifestants, dimanche, dans la capitale et dans plusieurs autres villes du pays, était un test : il montre qu’en dépit de la violente répression des premiers jours, la mobilisation populaire reste très élevée. La tactique de l’intimidation n’a pas fonctionné, du moins pas de manière significative. Avec un remarquable courage, les Biélorusses continuent de réclamer le départ du président et des élections libres.
De son côté, M. Loukachenko s’enferre dans une posture de déni, inventant des menaces qui n’existent pas, comme celle contre sa propre sécurité et le mythe de troupes de l’OTAN massées derrière la frontière. Il ne voit d’issue à la contestation que sécuritaire ; son gouvernement est invisible et il s’appuie ostensiblement sur les forces de l’ordre, auxquelles il promet « d’en finir » avec les protestataires.
Une troisième image pourrait s’ajouter aux deux précédentes : celle de la chaîne humaine de solidarité organisée, dimanche, par les Lituaniens, sur les 35 kilomètres de la route qui relie Vilnius à la frontière biélorusse. Elle symbolise le défi que constitue la crise biélorusse pour l’Union européenne (UE). Les Vingt-Sept, par les valeurs démocratiques qu’ils défendent, ne peuvent qu’être solidaires d’un mouvement aussi massif et légitime.
Rester ferme
Pour autant, l’UE souhaite éviter une répétition du conflit ukrainien, où l’intervention directe des forces russes entrave les progrès du pays depuis 2014 et paralyse les relations entre l’Europe et Moscou. Tant le président Emmanuel Macron que le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, l’ont clairement dit ces derniers jours : pour eux, la Biélorussie ne doit pas être une seconde Ukraine. La situation y est différente. Contrairement aux Ukrainiens, les manifestants biélorusses ne demandent pas à rejoindre l’UE et se gardent de tout slogan hostile à la Russie. Leurs revendications sont claires et circonscrites : libération des prisonniers politiques, démission du président Loukachenko et organisation de nouvelles élections.
Face au refus de M. Loukachenko de leur parler, le président du Conseil européen, Charles Michel, la chancelière allemande, Angela Merkel, et M. Macron ont engagé un dialogue avec le président russe, Vladimir Poutine, pour trouver une issue à la crise, éventuellement par le biais d’une médiation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui regroupe l’UE, la Russie et la Biélorussie. Cette tutelle de facto, accordée à Moscou sur Minsk, peut choquer. Le réalisme justifie cependant de telles tentatives, à condition de garder les yeux ouverts : M. Poutine peut parfaitement parler avec l’UE, tout en aidant le régime biélorusse à « stabiliser » la situation en sous-main.
Confrontée à une nouvelle crise sur ses frontières, l’UE doit rester ferme sur l’exigence du départ de M. Loukachenko et soutenir les aspirations démocratiques des Biélorusses, tout en évitant de tomber dans les pièges qui lui sont tendus : l’intervention directe, le conflit sans fin ou un compromis permettant en réalité à Moscou de raffermir son emprise sur la Biélorussie.
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