L’étonnant rapport des sénateurs français et russes

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Christian Cambon, président de la commission des ­affaires étrangères du Sénat, en 2018.

Christian Cambon, le président de la commission des ­affaires étrangères du Sénat, évoque la « dimension d’espérance » que contiendrait son épais dossier et « assume » l’insistance française à maintenir « coûte que coûte » le dialogue avec la Russie. Mardi 23 juin, peu avant de remettre le rapport commun du Sénat français et du Conseil de la Fédération de Russie, qu’il a corédigé avec son homologue russe, Konstantin Kossatchev, au président de la Chambre haute, Gérard Larcher, M. Cambon rejette tous les procès en naïveté qui sont faits à la France. Cette France d’Emmanuel Macron désireuse de maintenir Vladimir Poutine à la table des négociations internationales, en dépit de son mépris des droits de l’homme, de ses cyberattaques et de ses multiples violations du droit international.

« On ne cède en rien sur les convictions, sur les condamnations, mais aucun conflit international ne se réglera sans la Russie, explique le sénateur du Val-de-Marne, membre des Républicains (LR). La philosophie de ce rapport, c’est de dire à la Russie : on sait et on attend des progrès. »

D’une soixantaine de pages, le rapport énumère différents sujets partant des coopérations bilatérales sur les questions de défense et de sécurité, jusqu’à la gestion des crises internationales, en passant par l’économie, la culture et le multilatéralisme. Il en ressort une énumération des positions françaises et russes qui, sur la plupart des points, semblent aussi irréconciliables que l’eau et l’huile.

« Un jeune Français irait-il se battre en Crimée ? »

L’expansion de l’OTAN vers l’Est, est ainsi accusée par Moscou d’avoir provoqué ou aggravé des conflits « en plaçant les gouvernements et les peuples devant une parodie de choix entre divers centres de force ». Les accusations de recours aux armes chimiques en Syrie sont un dossier « politisé ». Quant au conflit ukrainien, la révolution de Maïdan de 2014 qui a renversé le pouvoir en place est présentée comme « un coup d’Etat » et l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 – source du net refroidissement des relations entre la Russie et l’Europe – est décrite comme le fruit de « la réunification volontaire [de la région] avec la Russie ».

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Au final, même si leur formulation reste polie, la partie française mentionne sans pudeur les points d’achoppement. Mais il ressort de cet exercice le sentiment assez clair que la politique des sanctions imposées à la Russie ne serait pas la réponse adéquate. « Le Sénat appelle la Russie à de vrais progrès dans l’application des accords de Minsk, de nature à permettre la levée des sanctions qui pénalisent nos entreprises », écrit M. Cambon. Mais une levée des sanctions ne conduirait-elle pas à entériner l’annexion de la Crimée, ouvrant la voie à une dangereuse jurisprudence ? « Un jeune Français irait-il se battre en Crimée ? On a tous la réponse, même si ça ne veut pas dire qu’il faut abandonner », souffle M. Cambon.

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