L’Estonie, « petit poucet » balte, accroît son effort militaire face à la menace russe

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Zone d’entraînement centrale militaire près de la base de Tapa (nord-est), en Estonie, le 1er octobre.

Si une chose n’a pas changé avec la pandémie du Covid-19, c’est bien l’activité militaire de la Russie aux portes de l’OTAN. Tout aussi intangible, une autre réalité demeure de l’autre côté de la frontière : la petite Estonie ne compte que 1,3 millions d’habitants et se sent plus que jamais menacée par Vladimir Poutine. Mercredi 30 septembre, à l’occasion de la Conférence baltique annuelle sur la défense de Tallinn, le gouvernement a annoncé une consolidation de son effort militaire.

Inscrit dans toutes les alliances, d’abord l’Union européenne et l’OTAN, le pays veut aussi compter sur lui-même. « Nous sommes petits » : telle est la phrase que l’on entend à Tallinn pour décrire l’équation stratégique à résoudre. Tandis que le président Emmanuel Macron visitait les voisins lituaniens et lettons pour évoquer le dialogue franco-russe, les officiels estoniens rappelaient leur propre quotidien : manœuvres russes massives aux frontières terrestres, violations de l’espace aérien national, incidents provoqués en mer avec les navires de l’OTAN, cyberattaques continues d’origine étatique.

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« Les Russes ne dévient pas de leur chemin, souligne le ministre de la défense, Jüri Luik, dans un entretien accordé au Monde. Le président Poutine déroule son programme de réarmement, en modernisant en particulier les unités des régions militaires Ouest et Sud. Nous sommes face à des forces terrestres sophistiquées et dans ce domaine, la Russie possède un avantage significatif. » Le ministre vient de décrocher un budget en hausse de 5 %, soit 645 millions d’euros pour 2021. « Nous atteignons 2,3 % du PIB ce qui peut sembler impressionnant, indique-t-il. Dans les faits, comme le PIB se contracte avec la crise, nous maintenons le plan fixé avant la pandémie, ce qui est un très bon résultat en soi car il y avait une évidente tentation de le couper. »

« Garder des canaux ouverts »

Vue de Tallinn, l’invasion russe n’est pas pour demain. Mais il ne manquerait qu’une « opportunité » à Vladimir Poutine pour pousser ses pions, et les risques d’un mauvais calcul de sa part sont jugés élevés. « La région baltique est la seule où la Russie dispose d’un avantage temporel, géographique et militaire sur l’OTAN, argumente un expert du ministère estonien. Conserver cet avantage est un important levier pour elle au cas où, ailleurs dans le monde, les intérêts russes seraient mis en cause. »

Le général Martin Herem, commandant des forces de défense estoniennes, assure pour sa part au Monde : « Si nous étions hors de l’OTAN, nous serions certainement aujourd’hui dans la même situation que la Géorgie ou l’Ukraine », envahies par Moscou en 2008 et en 2014.

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