Les vingt ans qui ont transformé le système universitaire chinois

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Publié aujourd’hui à 01h19

Récemment sortie d’une université de la province du Shandong, Sha Xue ne comprend même pas la question. « Le classement de Shanghaï ? Désolée, je ne connais pas. » Même réponse de Chloé, qui vient de prendre un poste en littérature à l’université de Canton. Ou de Lucie, diplômée du Liaoning. Etonnamment, le fameux classement des universités mondiales, qui donne des sueurs froides à chaque ministre français de l’enseignement supérieur depuis quinze ans, semble relativement méconnu en Chine.

« Les universités ne le regardent pas vraiment et les étudiants pas du tout. Si vous voulez entrer dans une université chinoise, ce qui compte, ce sont les livres publiés par les villes et les provinces qui listent chaque année, par université et par discipline, les notes nécessaires pour être admissible. Et si vous voulez entrer dans une université étrangère, vous regardez les deux grands classements anglo-saxons : le Times Higher Education (THE) et le QS World University Rankings », explique Li Siyu, doctorante à Lille-I, qui prépare une thèse sur « le Gaokao [l’équivalent du bac] et la socialisation des lycéens en Chine ».

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Directeur de l’Institut franco-chinois de Suzhou, l’un des seize instituts permettant à des étudiants des deux pays d’obtenir des doubles diplômes, Jean-François Vergnaud relativise aussi l’importance de ce classement : « La civilisation chinoise adore tout classer : les écoles, les quartiers… C’est une des raisons pour lesquelles les Chinois ont créé le classement de Shanghaï. Mais celui-ci est probablement celui qui les intéresse le moins, tout simplement parce qu’il a été créé par une université chinoise. Ils estiment encore que les classements internationaux ont plus de valeur. »

En conclure que celui-ci n’a aucune influence sur l’enseignement supérieur chinois serait pourtant erroné. Dans aucun autre pays au monde, cet enseignement n’a connu, ces vingt dernières années, une évolution aussi rapide. Il est d’ailleurs au cœur du système puisque les sciences et les technologies constituent la troisième des quatre modernisations énoncées par Zhou Enlai – premier ministre de 1949 à sa mort, en 1976 –, après l’agriculture et l’industrie, mais avant la défense. Objectif affiché par les dirigeants chinois dans les années 1990 : passer d’instituts universitaires spécialisés inspirés par les Soviétiques à un système calqué sur les meilleures universités mondiales – les campus américains. Et dans cette stratégie, le classement, créé en 2003 par l’université Jiao-tong de Shanghaï, est déterminant.

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