les tribulations d’un Polonais à Wuhan

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Publié aujourd’hui à 16h00

Le Polonais Arek Rataj, 36 ans, venait de s’installer à Wuhan, dans le centre de la Chine, lorsque la ville a sombré dans l’épidémie de coronavirus. Son épouse Jenina et lui commençaient leur vie sur le campus de l’université Jianghan, où il devait enseigner la communication visuelle. Les neuf derniers mois, il avait ainsi donné des cours dans des université de trois provinces de Chine.

La ville est immense, le marché de gros de produits de la mer de Huanan, d’où serait partie l’épidémie, est à une petite vingtaine de kilomètres. Au cours des premiers jours de l’année 2020, un de ses étudiants évoque les rumeurs d’une mystérieuse maladie.

Quelques jours plus tard, Arek prend son appareil. Il se rend par curiosité autour du marché, déjà fermé. Il raconte, par ses images, dix jours de bouclage de la ville et la tension silencieuse qui monte dans cette métropole sur les rives du fleuve Yangzi.

Arek reçoit un appel du consulat de France à Wuhan qui se charge de l’évacuation des ressortissants européens. Le couple s’inquiète alors : Jenina, citoyenne philippine, pourra-t-elle embarquer ? Elle se voit finalement attribuer un visa Schengen. Ils embarquent dans des bus pour l’aéroport, s’envolent pour Marseille, puis sont transférés vers la Pologne, où ils finissent actuellement leur quarantaine dans un hôpital militaire à Wroclaw.

Le 17 Janvier. Devant un hôpital de Wuhan. Au début de l’année, Zhang, l’un de mes étudiants me parlait d’un virus « mystérieux »  qui se développait dans un district voisin. Mais il a rajouté : « C’est loin de chez nous et cela ne nous touchera pas. » J’ai appris par la suite que c’était le marché aux poissons et que c’était l’épicentre du virus.
Le 17 Janvier. Devant un hôpital de Wuhan. Au début de l’année, Zhang, l’un de mes étudiants me parlait d’un virus « mystérieux »  qui se développait dans un district voisin. Mais il a rajouté : « C’est loin de chez nous et cela ne nous touchera pas. » J’ai appris par la suite que c’était le marché aux poissons et que c’était l’épicentre du virus.
Le 20 Janvier. La gare de Hankou, à Wuhan, n’était pas encore bouclée. Des voyageurs en pleine discussion attendent de prendre leur train pour partir dans leur famille avant le Nouvel An lunaire.
Le 20 Janvier. La gare de Hankou, à Wuhan, n’était pas encore bouclée. Des voyageurs en pleine discussion attendent de prendre leur train pour partir dans leur famille avant le Nouvel An lunaire.
Le 22 Janvier. Près de la gare, au Walmart de Wanda Plaza, un grand centre commercial que l’on retrouve dans toutes les villes de Chine. Les rayons de légumes sont vides.
Le 22 Janvier. Près de la gare, au Walmart de Wanda Plaza, un grand centre commercial que l’on retrouve dans toutes les villes de Chine. Les rayons de légumes sont vides.
Le 22 Janvier. Contrôle de température. Une heure plus tard, le métro était fermé jusqu’à nouvel ordre. Les gens sont devenus très inquiets.
Le 22 Janvier. Contrôle de température. Une heure plus tard, le métro était fermé jusqu’à nouvel ordre. Les gens sont devenus très inquiets.
Le 23 Janvier. Les bouches de métro et beaucoup de magasins sont fermés mais pas les pharmacies, qui ont été prises d’assaut pour les masques de protection.
Le 23 Janvier. Les bouches de métro et beaucoup de magasins sont fermés mais pas les pharmacies, qui ont été prises d’assaut pour les masques de protection.
Le 23 Janvier. Des rumeurs courent dans Wuhan à propos d’une intervention de l’armée qui ferait des pulvérisations de désinfectant dans toute la ville. Les habitants se sont mis en isolement chez eux et communiquent par les réseaux sociaux.
Le 23 Janvier. Des rumeurs courent dans Wuhan à propos d’une intervention de l’armée qui ferait des pulvérisations de désinfectant dans toute la ville. Les habitants se sont mis en isolement chez eux et communiquent par les réseaux sociaux.
Le 24 Janvier. Un taxi me conduit dans Wuhan. Les rues sont désertes. J’habite sur le campus de l’université Jianghan, dans le district de Hannan, à une petite vingtaine de kilomètres du marché de produits de la mer d’où serait partie l’épidémie.
Le 24 Janvier. Un taxi me conduit dans Wuhan. Les rues sont désertes. J’habite sur le campus de l’université Jianghan, dans le district de Hannan, à une petite vingtaine de kilomètres du marché de produits de la mer d’où serait partie l’épidémie.
Le 24 Janvier. L’arrière d’une boutique est décoré pour le Nouvel An lunaire, l’année du rat s’ouvre le lendemain et ne sera pas fêtée de manière fastueuse.
Le 24 Janvier. L’arrière d’une boutique est décoré pour le Nouvel An lunaire, l’année du rat s’ouvre le lendemain et ne sera pas fêtée de manière fastueuse.
Le 29 Janvier. Des voitures arborent le drapeau chinois en ville. Je devrais reprendre les cours le 17 Février mais l’université de Jianghan a décidé de proroger les vacances du Nouvel An.
Le 29 Janvier. Des voitures arborent le drapeau chinois en ville. Je devrais reprendre les cours le 17 Février mais l’université de Jianghan a décidé de proroger les vacances du Nouvel An.
Le 29 Janvier. Avec un rayon de soleil, la vie peut sembler normale à Wuhan. La construction en un temps record de nouveaux hôpitaux pour prendre en charge des victimes du coronavirus a été annoncée mais les gens se sentent vulnérables et la tension reste palpable au quotidien.
Le 29 Janvier. Avec un rayon de soleil, la vie peut sembler normale à Wuhan. La construction en un temps record de nouveaux hôpitaux pour prendre en charge des victimes du coronavirus a été annoncée mais les gens se sentent vulnérables et la tension reste palpable au quotidien.
Le 29 Janvier. J’ai appris que les infirmières se rasaient les cheveux pour limiter les risques de contamination à l’hôpital. Je me suis rasé de près aujourd’hui.
Le 29 Janvier. J’ai appris que les infirmières se rasaient les cheveux pour limiter les risques de contamination à l’hôpital. Je me suis rasé de près aujourd’hui.
Le 30 Janvier. Dans mon appartement. Il y a quelques jours, un homme que j’ai croisé dans la rue m’a répété en boucle « go home », instillant en moi un sentiment de peur.
Le 30 Janvier. Dans mon appartement. Il y a quelques jours, un homme que j’ai croisé dans la rue m’a répété en boucle « go home », instillant en moi un sentiment de peur.
Le 2 février. Trajet de bus pour l’aéroport avec toutes les protections qui s’imposent. J’ai reçu un appel du Consulat de France pour être évacué en même temps que d’autres citoyens européens. Jenina, mon épouse d’origine philippine, n’était pas sûre d’obtenir un visa pour partir en Europe. Finalement, elle l’a obtenu par le consulat polonais.
Le 2 février. Trajet de bus pour l’aéroport avec toutes les protections qui s’imposent. J’ai reçu un appel du Consulat de France pour être évacué en même temps que d’autres citoyens européens. Jenina, mon épouse d’origine philippine, n’était pas sûre d’obtenir un visa pour partir en Europe. Finalement, elle l’a obtenu par le consulat polonais.
Le 2 Février. Les évacués portent sur eux leur fiche d’identification avant d’embarquer.  Les masques ne sont abaissés qu’au passage des contrôles pour répondre aux questions de la sécurité.
Le 2 Février. Les évacués portent sur eux leur fiche d’identification avant d’embarquer.  Les masques ne sont abaissés qu’au passage des contrôles pour répondre aux questions de la sécurité.
Le 2 Février. Nous étions 250, de plusieurs nationalités, sur ce vol. L’évacuation, compliquée à mettre en oeuvre, par bus et par avion, a duré environ quarante heures. A l’arrivée sur la base militaire d’Istres, près de Marseille, les voyageurs sont transférés vers leur destination finale. Avec Jenina, nous avons pris un petit avion pour l’hôpital militaire de Wroclaw, en Pologne.
Le 2 Février. Nous étions 250, de plusieurs nationalités, sur ce vol. L’évacuation, compliquée à mettre en oeuvre, par bus et par avion, a duré environ quarante heures. A l’arrivée sur la base militaire d’Istres, près de Marseille, les voyageurs sont transférés vers leur destination finale. Avec Jenina, nous avons pris un petit avion pour l’hôpital militaire de Wroclaw, en Pologne.
Le 5 Février. Nous sommes arrivés à l’hôpital militaire de Wroclaw, en Pologne, pour une mise en quarantaine  de quatorze jours. La porte d’entrée du service a été occultée pour barrer la route à la presse et aux curieux.
Le 5 Février. Nous sommes arrivés à l’hôpital militaire de Wroclaw, en Pologne, pour une mise en quarantaine  de quatorze jours. La porte d’entrée du service a été occultée pour barrer la route à la presse et aux curieux.
Le 8 Février. Exercice dans le couloir de l’hôpital de Wroclaw, en Pologne, pour se maintenir en forme.
Le 8 Février. Exercice dans le couloir de l’hôpital de Wroclaw, en Pologne, pour se maintenir en forme.
Le 9 Février. Les évacués tuent le temps dans le couloir de l’hôpital de Wroclaw, en Pologne.
Le 9 Février. Les évacués tuent le temps dans le couloir de l’hôpital de Wroclaw, en Pologne.
Le 9 Février. Les infirmières de l’hôpital de Wroclaw se préparent à distribuer les repas.
Le 9 Février. Les infirmières de l’hôpital de Wroclaw se préparent à distribuer les repas.
Le 12 Février. Nous sommes en observation en quarantaine. Des contrôles médicaux rythment nos journées dans l’hôpital de Wroclaw.
Le 12 Février. Nous sommes en observation en quarantaine. Des contrôles médicaux rythment nos journées dans l’hôpital de Wroclaw.
Le 15 Février. Jenina à la fenêtre. A l’hôpital de Wroclaw, il est interdit de sortir. Le couloir du service, long d’environ cinquante mètres, est notre seul lieu de « loisirs » : j’y fais de la marche rapide. Nous attendons la fin de la quarantaine avec impatience. Jusqu’à maintenant, les contrôles ont été négatifs, la sortie est prévue dans peu de temps.
Le 15 Février. Jenina à la fenêtre. A l’hôpital de Wroclaw, il est interdit de sortir. Le couloir du service, long d’environ cinquante mètres, est notre seul lieu de « loisirs » : j’y fais de la marche rapide. Nous attendons la fin de la quarantaine avec impatience. Jusqu’à maintenant, les contrôles ont été négatifs, la sortie est prévue dans peu de temps.

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