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En août 2014, les combattants de l’organisation Etat islamique (EI) se sont emparés du Sinjar, une province du nord de l’Irak, berceau de la communauté yézidie, unie autour d’une religion ancienne préislamique. Jugés « apostates » par l’EI, les yézidis ont été victimes d’un génocide, selon les Nations unies. Plus de 5 000 hommes et adolescents ont été tués, tandis que plusieurs milliers de femmes et de fillettes ont été enlevées et réduites à l’esclavage sexuel. Issue de cette communauté, Nagham Nawzat Hasan, est une gynécologue irakienne de 41 ans. Depuis 2014, elle consacre sa vie aux survivantes yézidies, auprès desquelles elle a recueilli des centaines de témoignages.
Pour la première fois, un tribunal irakien a condamné un combattant de l’EI pour les sévices qu’il avait infligés à une yézidie. C’est aussi la première fois qu’une survivante de cette communauté témoigne devant la justice, face à son bourreau. Est-ce encourageant, ou est-ce trop peu, trop tard ?
Ce premier procès en Irak est important. Comme l’est celui, inédit, qui se tient à Munich [Jennifer Wenisch, une Allemande de 28 ans qui s’était enrôlée dans la police des mœurs de l’EI, est accusée d’avoir laissé mourir de soif une fillette yézidie de 5 ans, achetée comme esclave en Irak en 2015. Elle est poursuivie pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, trafic d’êtres humains et torture]. Justice doit être rendue, mais il aurait fallu s’y prendre beaucoup plus tôt. La justice est primordiale afin que les victimes de violences sexuelles puissent soigner leurs blessures et se reconstruire. C’est également important pour la communauté yézidie, mais ce n’est pas suffisant.
On attendait des organisations internationales qui sont venues sur le terrain [en Irak] et ont rencontré les victimes, que des mesures soient prises plus rapidement. Seule la communauté internationale peut nous apporter un soutien réel en matière de justice. Nous espérons une réponse organisée, qui s’appuie sur les organisations yézidies. On aimerait notamment que la France suive l’exemple de l’Allemagne et juge les combattants français [de l’EI] pour leurs crimes contre les yézidis.
Quels sont les obstacles au jugement des crimes commis contre les yézidis en Irak ?
Depuis 2014 et le début de mon travail auprès des survivantes de Daech [acronyme arabe de l’EI], je suis en contact avec les organisations internationales. Ensemble, nous faisons pression sur l’Etat irakien pour faire avancer, sur le terrain, la justice dans le pays. Mais il y a des retards et un manque d’intérêt pour la question yézidie, délaissée depuis longtemps. Les autorités irakiennes n’ont jamais essayé d’entrer en contact avec les professionnels qui travaillent auprès de cette communauté. Elles n’ont jamais dénoncé ce qui s’est passé. C’est en train de changer grâce à la pression des activistes yézidis. Dans la région autonome du Kurdistan irakien, il existe déjà un centre d’aide aux familles des victimes, aux déplacés et aux survivants. Certes, ce problème concerne des populations qui vivent toutes dans le nord de l’Irak, mais on s’attendait à ce que le gouvernement fédéral coopère et nous aide. Cela n’a pas été le cas.
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