Les proches d’Alexeï Navalny dénoncent le refus des médecins de le transférer à l’étranger

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Alexandre Mourakhovski, médecin en chef de l’établissement sibérien où Alexeï Navalny est hospitalisé, répond à la presse, à Omsk, vendredi 21 août.

Au lendemain de l’hospitalisation en soins intensifs d’Alexeï Navalny, les alliés de l’opposant russe ont dénoncé vendredi 21 août le refus des médecins de l’hôpital sibérien de le transférer à l’étranger, une décision qui met selon eux « sa vie en danger ». Alors que ses proches soupçonnent un empoisonnement, le médecin en chef adjoint de l’hôpital, Anatoly Kalinichenko, a assuré dans la matinée n’avoir découvert « aucun poison » dans le sang du malade.

« A ce jour, aucun poison n’a été identifié dans le sang et l’urine [de M. Navalny], il n’y a pas de traces d’une telle présence », a-t-il déclaré, ajoutant : « Nous ne croyons pas qu’il ait souffert d’un empoisonnement. » Selon le médecin en chef de l’hôpital, Alexandre Mourakhovski, le diagnostic principal est celui d’un problème métabolique résultant d’une faible glycémie. Il a précisé que des traces de substances chimiques industrielles avaient été décelées sur les vêtements et les doigts de l’avocat de 44 ans. Alexeï Navalny demeure inconscient vendredi.

Lire le récit : La Russie sous le choc après le probable empoisonnement d’Alexeï Navalny

Ioulia Navalnaïa, la femme d’Alexeï Navalny, a demandé vendredi au président russe, Vladimir Poutine, de permettre le transfert de son mari vers l’Allemagne. Elle estime réunies « toutes les possibilités pour le transport immédiat d’Alexeï sous la surveillance de médecins de haut niveau ».

Plus tôt dans la matinée, la porte-parole de l’opposant, Kira Iarmich, avait regretté sur Twitter la décision d’Alexandre Mourakhovski de ne pas vouloir l’évacuer. « Le médecin en chef a annoncé que Navalny n’est pas transportable. Son état est instable », avait-elle écrit, estimant qu’il serait « mortellement dangereux » de le laisser dans cet hôpital « non équipé » et « avec un diagnostic toujours pas fait », à Omsk, en Sibérie occidentale. Les médecins de Navalny assurent qu’un avion bien équipé offre toutes les garanties de sécurité pour un transfert.

Le transfert, une décision « purement médicale » selon le Kremlin

« En ce qui concerne son transfert (…), la question est prématurée. Il est nécessaire d’arriver à une stabilisation complète du patient », avait jugé plus tôt Alexandre Mourakhovski. Selon le médecin, l’hôpital doit régler « certaines questions juridiques » avant de laisser des médecins européens voir M. Navalny. Des spécialistes de Moscou sont arrivés durant la nuit pour l’examiner.

« Ils attendent que les toxines sortent et cessent d’être détectables dans le corps »

Le refus de transférer M. Navalny à l’étranger a été dénoncé par son bras droit, Leonid Volkov, comme une « décision politique et non pas médicale ». « Ils attendent que les toxines sortent et cessent d’être détectables dans le corps. Il n’y a ni diagnostic ni analyse. La vie d’Alexeï est en grand danger », a-t-il écrit sur Twitter.

Le refus de transférer à l’étranger Alexeï Navalny est une décision « purement médicale », a affirmé le Kremlin vendredi matin, ajoutant que les médecins russes faisaient « tout leur possible pour établir les raisons du malaise du patient et le faire guérir ».

Sur une place de Saint-Pétersbourg, une femme tient une pancarte de soutien à Alexeï Navalny, hospitalisé en Sibérie, jeudi 20 août.

Un avion médicalisé affrété par l’ONG allemande Cinema for Peace, qui avait déjà réalisé une opération similaire avec un membre du groupe d’opposants Pussy Riot en 2018, est arrivé dans la matinée à Omsk, selon les médias locaux. Le ministère allemand des affaires étrangères a assuré vendredi midi que l’Allemagne est « en contact » avec la Russie pour « contribuer à une solution professionnelle et transparente de ce cas humanitaire urgent » et s’est dit prêt à l’accueillir dans un hôpital allemand.

Le président français Emmanuel Macron, « extrêmement préoccupé », et la chancelière allemande Angela Merkel, « bouleversée », avaient demandé jeudi respectivement « clarté » et « transparence » sur l’état d’Alexeï Navalny.

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Le Kremlin lui souhaite un « prompt rétablissement »

Alexeï Navalny, l’un des critiques les plus virulents du Kremlin, se rendait de Tomsk à Moscou en avion quand il a fait un malaise. L’appareil a dû faire un atterrissage d’urgence à Omsk. L’opposant y a été admis à l’hôpital, plongé dans un coma naturel, placé en réanimation et relié à un respirateur artificiel. Les médecins ont dit jeudi « se battre pour lui sauver la vie ». Ses alliés ont dit être persuadés qu’il a été victime d’un « empoisonnement intentionnel », « avec quelque chose de mélangé à son thé ».

Principal opposant au Kremlin, dont les publications dénonçant la corruption des élites russes sont abondamment partagées sur les réseaux sociaux, Alexeï Navalny a déjà été victime d’attaques physiques. En 2017, il avait été aspergé d’un produit antiseptique dans les yeux à la sortie de son bureau à Moscou.

En campagne ces derniers jours en faveur des candidats d’opposition pour les élections régionales de septembre, Alexeï Navalny a plusieurs fois été condamné à de courtes peines de prison, notamment en raison de l’organisation de manifestations. Son organisation et ses partisans font régulièrement l’objet de pressions, arrestations et poursuites judiciaires.

Le Kremlin a dit souhaiter à Alexeï Navalny, « comme à n’importe quel citoyen russe », un « prompt rétablissement », soulignant aussi que l’empoisonnement n’était jusqu’à présent qu’une « simple supposition ».

Le Monde avec AFP



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