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Même s’ils ne connaissent pas les frontières, les poissons risquent, comme les pêcheurs continentaux, de pâtir du Brexit. Brassées, oxygénées et fraîches : de l’ouest de l’Ecosse à la mer du Nord, les eaux britanniques sont riches en espèces prisées des consommateurs européens. Sous l’effet du changement climatique, elles sont même de plus en plus productives en ressources halieutiques diversifiées. De là à imaginer que l’actualité politique va offrir aux baudroies et aux plies un havre à l’abri des bateaux de pêche de l’Union européenne (UE), ce serait ignorer le cycle de vie de ces grands nomades et présager d’un accord diplomatico-commercial incertain.
« Où se trouvent le poisson adulte et le juvénile ? Qui a le droit de l’attraper ? Qui le mange ? La question de la pêche est compliquée et déséquilibrée, estime Clara Ulrich, directrice scientifique adjointe de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Car de nombreuses espèces emblématiques se déplacent sur de grandes distances, aussi bien en mer du Nord qu’en mer Celtique et à l’ouest de l’Ecosse : hareng, plie, cabillaud, sprat, maquereau, merlan, merlu. D’autres, comme la sole, le merlan, l’églefin, le lieu noir passent moins d’une zone à l’autre. »
L’Ifremer cite l’exemple des harengs, qui naissent le long des côtes hollandaises et danoises, où ils passent leur premier hiver. Les juvéniles restent dans cette zone jusqu’à l’âge de 1 an, mais commencent alors à être observés aussi de l’autre côté de la mer du Nord. Ceux de 2 ans et plus passent majoritairement l’été à se nourrir le long des côtes écossaises, dans les eaux britanniques donc, avant de repartir pondre vers le sud.
Ces harengs sont aujourd’hui surtout visés par les bateaux danois et néerlandais, qui ciblent aussi les maquereaux et les lançons. Tandis que les Britanniques sont plutôt coutumiers des captures de morues et d’églefins dans ces parages et vont chercher crustacés et coquilles Saint-Jacques dans la Manche. Si les questions de territoires marins deviennent incontournables, les professionnels continentaux vont-ils faire fi de leurs spécialisations et tous se masser dans les mêmes zones de pêche ? Qui protégera les juvéniles, considérés comme de moindre valeur ?
« Crainte écologique »
Jusqu’à présent, les professionnels de part et d’autre de la Manche se partageaient merlus, baudroies, églefins – plus d’une centaine de stocks au total – dans le cadre de la politique commune de la pêche. Instaurée en 1983, celle-ci a pour but de fixer des limites globales à ne pas dépasser. Il s’agit de parvenir enfin à une gestion réellement durable des ressources, toujours pas atteinte en 2020 bien que l’objectif en avait été fixé en 2013. Des quotas sont ensuite répartis pour l’année ou les deux années à venir entre Etats membres, selon un principe de « stabilité relative » régulièrement contesté.
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