les paradoxes du déconfinement en Allemagne

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La chancelière allemande, Angela Merkel, le 11 mai à Berlin.
La chancelière allemande, Angela Merkel, le 11 mai à Berlin. BPA / via Reuters

Angela Merkel est inquiète. Trois semaines après le début du déconfinement outre-Rhin, la chancelière allemande craint de voir ses concitoyens gagnés par un excès d’insouciance. Elle s’en est confiée, lundi 11 mai, lors de la réunion hebdomadaire de l’état-major de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), s’alarmant en particulier du non-respect systématique du port du masque dans les magasins, bien que celui-ci y soit obligatoire depuis fin avril. Une « prise de risque » préoccupante, selon Mme Merkel, qui, un peu plus tard dans la journée, devant quelques journalistes, a rappelé que « l’assouplissement » des mesures de confinement ne devait surtout pas conduire à l’oubli des « règles de base » : « Porter un masque, garder ses distances, se respecter les uns les autres. »

C’est l’immense défi du déconfinement à l’allemande. Dans un pays où l’épidémie de Covid-19 n’a fait « que » 7 533 morts, selon les chiffres publiés, mardi, par l’Institut de santé Robert-Koch, les appels à la prudence ont de moins en moins de prise sur l’opinion publique. D’après un sondage YouGov publié le 3 mai, 56 % des personnes interrogées affirmaient ainsi ne pas avoir peur d’être contaminées par le virus, soit 8 points de plus que le 30 mars. Selon la même enquête, 72 % des Allemands se disaient confiants dans la capacité de leur système de santé à réagir en cas de reprise de l’épidémie, soit 20 points de plus qu’à la mi-mars.

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Ces derniers jours, certains indicateurs sont pourtant venus rappeler que la situation était loin d’être totalement maîtrisée. En Bavière, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Thuringe et dans le Schleswig-Holstein, quatre cantons ont enregistré plus de 50 nouveaux cas pour 100 000 habitants en l’espace d’une semaine, seuil à partir duquel les autorités ont décidé qu’un retour du confinement au niveau local s’imposait.

Autre mauvaise nouvelle : le taux de reproduction du virus (R0), qui renseigne sur le nombre de personnes qu’un individu risque de contaminer.

Depuis le 9 mai, il est repassé au-dessus de 1 pendant trois jours consécutifs. Cela n’était pas arrivé depuis mi-avril. Or, c’est justement parce qu’il s’était stabilisé durablement sous ce seuil considéré comme déterminant que Mme Merkel a consenti, le 6 mai, sous la pression des Länder, à accélérer le rythme du déconfinement…

Fronde composite

Cela signifie-t-il pour autant que la « deuxième vague » tant redoutée est en train d’arriver en Allemagne ? A vrai dire, nul ne semble en mesure de le dire, pas même l’Institut Robert-Koch, qui, tout en attirant l’attention sur la remontée rapide du R0, a précisé qu’il était encore trop tôt pour dire « si la baisse du nombre de nouveaux cas observée ces dernières semaines était en train de se confirmer, ou s’il fallait s’attendre à une nouvelle remontée du nombre de contaminations ». Cet aveu rend d’autant plus complexe la gestion du déconfinement outre-Rhin, l’incertitude des experts accroissant le fossé entre ceux qui y voient une justification de leurs appels à la vigilance et ceux qui, à l’inverse, se sentent confortés dans leur impatience.

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