Les « love motel » brésiliens prêts à accueillir des malades du Covid-19

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Publié aujourd’hui à 01h42

Début avril, les « love motel » brésiliens ont commencé à être désertés par leur clientèle habituelle. Elle pourrait être remplacée par des malades…
Début avril, les « love motel » brésiliens ont commencé à être désertés par leur clientèle habituelle. Elle pourrait être remplacée par des malades… LALO DE ALMEIDA / NYT / REDUX-REA

Malgré la gestion de la crise sanitaire déplorable de la part du président brésilien, Jair Bolsonaro, magasins, bars, ­restaurants et autres commerces « non essentiels » sont fermés dans la plupart des grandes villes du pays. Mais, envers et contre la pandémie, il est des lieux particulièrement symbolique qui n’ont jamais baissé le rideau. Églises ? Stades de foot ? Centres de beauté ? Rien de tout cela. Il s’agit… des « love motel ». Ces lieux de rendez-vous intimes entre adultes consentants, une véritable institution ici, pourraient, dans certains États, être réquisitionnés pour isoler les malades mis en quarantaine.

Au nombre de 5 000, répartis sur tout le territoire, ils emploient environ 150 000 personnes, pour 100 millions de nuitées par an, et produisent un chiffre d’affaires annuel estimé à 4 milliards de reais (660 millions d’euros environ). Noirs et Blancs, jeunes et vieux, riches ou pauvres, hétéro ou queer, à deux ou davantage… toute la société brésilienne a l’habitude d’y réserver une chambre.

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Tente berbère ou ring de boxe

Le concept débarque au Brésil dans les années 1960, sous la dictature militaire. Le pays est en pleine urbanisation et la jeunesse rêve de liberté, de transgression des mœurs et du corps, à l’opposé de la morale patriarcale et catho-conservatrice des généraux à lunettes fumées. Quoi de mieux, alors, qu’un motel, à l’image de ceux qui existent aux États-Unis pour les voyageurs, lorsqu’on veut se retrouver discrètement, de jour comme de nuit, loin des regards de la famille et de la société ?

« C’est un espace utopique concret, entre pudeur et hédonisme, où tout est permis car tout est caché. » Jérôme Souty, anthropologue

Aujourd’hui, le nom des établissements navigue entre le très explicite et le parfumé. Au choix : Nude, Fantasme, Playboy, mais aussi L’Amour, Bon goût, Fleur de lys ou encore le très culinaire Carbonara Motel. À l’intérieur, il y en a pour tous les goûts, depuis la chambre « classique » (draps rouges, lit rond, miroirs, Jacuzzi…) jusqu’aux suites les plus extravagantes et les plus kitsch. Pour quelques dizaines ou centaines d’euros, le client peut s’offrir une ambiance Taj Mahal, tente berbère, yacht de luxe, cockpit d’avion, temple grec, ring de boxe, Las Vegas ou donjon « sadomaso » médiéval en carton-pâte, le tout sur ­plusieurs centaines de mètres carrés, avec chaîne hi-fi, ­barbecue, piscine privative et, parfois, toit ouvrant inclus…

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