Les Kurdes réclament l’instauration d’un couloir humanitaire dans le nord de la Syrie

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La ville de Ras Al-Aïn, déjà à moitié contrôlée par les forces d’Erdogan, vue depuis la Turquie voisine, jeudi 17 octobre. « Nous ne sommes pas encore passés à l’attaque (…). La véritable bataille n’a pas encore débuté », a averti un responsable kurde.
La ville de Ras Al-Aïn, déjà à moitié contrôlée par les forces d’Erdogan, vue depuis la Turquie voisine, jeudi 17 octobre. « Nous ne sommes pas encore passés à l’attaque (…). La véritable bataille n’a pas encore débuté », a averti un responsable kurde. OZAN KOSE / AFP

Au neuvième jour de l’offensive turque, la situation devient de plus en plus confuse dans le nord de la Syrie. Alors que les combats se poursuivent jeudi 17 octobre, le nombre de déplacés continue d’augmenter et les belligérants s’accusent mutuellement de commettre de graves exactions.

  • Les convois médicaux, cible de bombardements « systématiques »

Les Kurdes ont réclamé jeudi l’instauration d’un couloir humanitaire afin d’évacuer les civils et les blessés de la ville frontalière de Ras Al-Aïn, à moitié contrôlée par les forces turques. Un reporter de l’Agence France-presse (AFP) sur place a vu des colonnes de fumée s’élever de la ville pendant que l’écrasant tonnerre de l’artillerie turque emplissait l’air. Afin d’aveugler les avions d’Ankara, les combattants kurdes brûlaient des pneus. « Nous sommes prêts à nous battre jusqu’au bout » a indiqué un responsable des Forces démocratiques syriennes (FDS), principale coalition à dominante kurde.

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Jeudi matin, l’hôpital de Ras Al-Aïn était endommagé par des bombardements. « Le personnel médical est encerclé dans l’établissement », a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), selon qui la moitié de la ville est sous le contrôle de l’armée turque et de ses supplétifs. Pour les autorités kurdes, « de nombreux civils se trouvent encerclés dans la ville » et les « convois médicaux sont la cible de bombardements systématiques ».

L’appel des Kurdes pour demander un corridor humanitaire s’adresse à la coalition internationale emmenée par Washington, partenaire des forces kurdes dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), mais aussi à la Russie, allié du régime de Bachar Al-Assad, principale gagnante du jeu diplomatique régional.

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Jeudi, l’OSDH a estimé à plus de 300 000 le nombre de déplacés causés par l’opération turque. Le bilan humain, selon cette même organisation, s’élève à au moins 72 morts parmi les civils en Syrie et 203 parmi les combattants prokurdes.

  • L’organisation Etat islamique dit avoir « libéré » des femmes djihadistes

Dans ce contexte de grande confusion, l’EI a annoncé jeudi avoir « libéré un certain nombre » de femmes qui étaient détenues par les forces kurdes dans la région, d’après un communiqué posté sur les chaînes Telegram de l’organisation djihadiste.

Alors que, depuis le début de l’offensive, les Kurdes ont rapporté la fuite de centaines de proches de l’EI d’un camp de déplacés et l’évasion de cinq djihadistes d’une prison, la propagande du groupe djihadiste indique que « des soldats du califat » ont attaqué mercredi un QG des forces kurdes près de la ville de Rakka, « libérant des femmes musulmanes enlevées » par les combattants kurdes.

La crainte d’une libération massive de djihadistes et d’une reconstitution du groupe terroriste inquiète les Etats occidentaux au plus haut niveau. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu jeudi à Bagdad pour discuter du possible transfert et jugement en Irak des djihadistes étrangers, dont 60 Français.

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  • Les Kurdes et les Turcs s’accusent mutuellement d’utiliser des armes non conventionnelles

Jeudi, les autorités semi-autonomes du nord-est syrien ont accusé l’armée turque d’utiliser « armes interdites internationalement, comme le phosphore ou le napalm ». Ankara a aussitôt démenti en indiquant que « tout le monde sait qu’il n’y a pas d’armes chimiques dans l’arsenal des forces armées turques ».

L’AFP n’a pas pu confirmer les accusations kurdes, mais l’OSDH indique avoir « recensé des blessés souffrant de brûlures qui sont arrivés à l’hôpital de Tell Tamer [près de Ras Al-Aïn] ces deux derniers jours », sans toutefois en identifier l’origine. Le ministre de la défense turc, Hulusi Akar, a accusé, jeudi devant les journalistes à Ankara, les forces kurdes « d’utiliser elles-mêmes » les armes chimiques dans le but d’accuser Ankara.

Des combattants syriens alliés de la Turquie prennent position près de la ville de Ras Al-Aïn, à la frontière turco-syrienne, le 16 octobre. Ces supplétifs arabes fidèles à la Turquie sont vitaux pour l’avancée au sol des forces turques face aux forces arabo-kurdes des FDS.
Des combattants syriens alliés de la Turquie prennent position près de la ville de Ras Al-Aïn, à la frontière turco-syrienne, le 16 octobre. Ces supplétifs arabes fidèles à la Turquie sont vitaux pour l’avancée au sol des forces turques face aux forces arabo-kurdes des FDS. NAZEER AL-KHATIB / AFP

Des responsables kurdes ont posté sur les réseaux sociaux une vidéo montrant des enfants souffrant de brûlures qui, selon un médecin de la province de Hassaké, peuvent corroborer l’usage d’armes chimiques, telles que le phosphore, utilisé depuis 2011 dans le conflit syrien.

« Nous appelons les organisations internationales à envoyer leurs équipes pour examiner les blessures », a indiqué un porte-parole des FDS. « Les installations médicales dans le nord-est syrien ne disposent plus d’experts après le retrait des ONG causé par l’invasion turque », a-t-il regretté.

  • Les Américains en Turquie pour négocier un cessez-le-feu

Le vice-président américain, Mike Pence, et le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, sont arrivés jeudi à Ankara pour rencontrer le président turc. Les deux hauts responsables de l’administration Trump vont chercher à convaincre Recep Tayyip Erdogan de cesser son offensive dans le nord-est syrien. C’est pourtant le président américain qui avait laissé le champ libre à une telle opération en retirant ses troupes de la frontière turco-syrienne il y a dix jours.

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Donald Trump a néanmoins brouillé les signaux en déclarant mercredi, avant le départ de MM. Pence et Pompeo, que « si la Turquie va en Syrie, c’est une affaire entre la Turquie et la Syrie, ce n’est pas notre problème ». « Les Kurdes ne sont pas des anges », a-t-il ajouté.

Le président turc a d’ores et déjà exclu de « s’asseoir à la table des terroristes », en parlant des Unités de protection du peuple (mouvement autonomiste kurde armé), et soutenu que, pour que l’offensive prenne fin, il faudrait que les forces kurdes désarment et s’éloignent de la frontière turque.

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