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La chasse aux opposants tchétchènes menée, en Europe, par le régime autoritaire pro-Kremlin de Ramzan Kadyrov s’embarrasse de particulièrement peu de manières.
C’est l’une des leçons tirées après les premières investigations sur l’assassinat, à Lille, dans la nuit du 29 janvier, d’Imran Aliev, un Tchétchène réfugié politique en Belgique. L’enquête en cours et les échanges entre le renseignement français et les services secrets belge et allemand, embarqués dans cette affaire d’espionnage rudimentaire, illustrent les méthodes frustres utilisées par ce pays pour faire taire des paroles jugées gênantes.
L’information judiciaire, ouverte le 3 février par le parquet de Lille et confiée à la juge d’instruction Dalia Balciunaityte, se concentre aujourd’hui sur le parcours et le profil du principal suspect, Usman S. M., âgé de 34 ans, originaire de la ville de Goudermes, en Tchétchénie.
137 coups de couteau
Cet homme est arrivé le 29 janvier au soir dans un modeste hôtel de la place de la Gare, à Lille, Le Coq hardi, en compagnie d’Imran Aliev, âgé de 44 ans, un blogueur anti-Kadyrov connu sous le pseudonyme de Mansour Staryi. Usman S. M. en est reparti le lendemain, laissant derrière lui le corps de la victime lardé de 137 coups de couteau, selon le rapport d’autopsie.
Outre l’arme du crime, de nombreuses empreintes et des traces de sa présence sur les lieux ont été relevées par les enquêteurs. Par ailleurs, faisant peu de cas des mesures de dissimulation prises par les tueurs des services secrets, Usman S. M. a voyagé avec ses propres papiers. Après être entré, le 18 janvier, dans l’espace Schengen en prenant un vol de Moscou à Valence, en Espagne, il s’est rendu à Berlin, où il a séjourné deux jours avant de rejoindre Bruxelles en train, où il est resté une semaine. Le 30 janvier, après avoir commis les faits, il est retourné à Berlin d’où il s’est envolé vers Moscou avant d’atterrir à Grozny, en Tchétchènie.
Une source officielle belge a indiqué au Monde qu’il a été hébergé par Imran Aliev lors de son séjour en Belgique. Usman S. M. l’aurait contacté par le biais des réseaux sociaux et de la chaîne YouTube créée par sa future victime pour dénoncer de manière virulente le régime Kadyrov et d’autres causes.
Le suspect aurait convaincu M. Aliev et d’autres membres de la communauté tchétchène en Europe, qu’il avait un besoin urgent de soins médicaux. Le 29 janvier, les deux hommes se sont rendus avec l’un des fils d’Aliev jusqu’à Menin, une ville belge frontalière avec la France. Une version confirmée par Aslan Artsuev, un avocat basé en Allemagne, membre de l’Association internationale Paix et droits de l’homme. Selon lui, Usman S. M. affirmait souffrir d’un cancer de l’estomac.
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