Les combats d’un prix Nobel

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Livre. Paul Krugman est un économiste aux aguets. L’éditorialiste au New York Times, prix Nobel d’économie en 2008, a décidé de répondre aux impasses du paysage politique et économique américain avec les outils intellectuels qui sont les siens : un savoir acquis par l’expérience, une manière de raisonner qui lui est propre, mais aussi un clavier d’ordinateur. Son essai, qui se situe dans le prolongement de L’Amérique dérape (Flammarion, 2004), est un recueil classé par thèmes de ses chroniques du début des années 2000 à mars 2019. Ainsi, un tiers est consacré à la crise financière de 2008, dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui.

Une des principales obsessions de Krugman concerne le déclin moral des Etats-Unis, et ce qu’il en adviendra. Dans une chronique datée du 27 février 2006 et intitulée « Diplômés contre oligarques », il se demande s’il faut « s’inquiéter de la nature de plus en plus oligarchique de la société américaine », avant de rappeler que l’histoire comme l’expérience contemporaine enseignent que « les sociétés très inégalitaires ont aussi tendance à être corrompues ».

Le trumpisme est une ignorance belliqueuse appliquée à tous les domaines

Parmi ses têtes de Turc favorites figure au premier chef Donald Trump. L’éditorialiste dénonce et décortique les mensonges du président des Etats-Unis sur tous les sujets : négation du changement climatique, absence d’inégalités, effets bénéfiques des baisses d’impôts, etc. Selon lui, « le trumpisme est une ignorance belliqueuse appliquée à tous les domaines ». Mais il est aussi extrêmement sévère sur l’état du Parti républicain, qu’il considère comme gangrené par le « conservatisme de mouvement », c’est-à-dire un collectif qui comprend à la fois l’empire médiatique de Murdoch et une kyrielle de groupes de réflexion et de pression, financés par des milliardaires conservateurs qui ont pris le contrôle du parti.

Au fil des chroniques, on constate volontiers chez Paul Krugman un côté Don Quichotte qui ferraille inlassablement contre les moulins de la finance internationale et s’en prend avec vigueur au cynisme sans limite des puissants. Mais dans cet ouvrage, il fait précéder cette posture de combat d’une explication de sa manière de penser.

Cherchant en effet à « débusquer la malhonnêteté » et estimant que dans l’analyse économique, tout est aujourd’hui devenu politique, l’essayiste annonce s’être fixé quatre contraintes d’écriture. Les deux premières touchent la forme de ses chroniques, mais ont un impact lourd sur le fond, surtout en économie : il s’agit, pour lui, de toujours « privilégier les sujets simples » mais aussi d’« utiliser un langage courant ».

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