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Incarcérés à La Haye début novembre, les quatre fondateurs et chefs de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) ont bien l’intention d’y écrire un ultime chapitre de leur « guerre de libération ». Entre le 9 et le 11 novembre, Hashim Thaçi, Kadri Veseli, Jakup Krasniqi et Rexhep Selimi ont comparu un à un devant un juge du tribunal spécial pour le Kosovo. Tous ont plaidé « non coupable » des dix chefs d’accusation de crimes contre l’humanité et crimes de guerre portés contre eux par le procureur américain Jack Smith.
« Cet acte d’accusation est totalement dénué de fondement », a déclaré Hashim Thaçi, lors de sa comparution le 9 novembre. L’ancien président du Kosovo, qui a démissionné quatre jours plus tôt « afin de protéger l’intégrité de mon pays », a ensuite laissé son avocat plaider sa cause. David Hooper a ouvert le feu des questions dont bruisse Pristina depuis la publication de l’acte d’accusation : « Où sont les allégations de vols d’organes ? », s’est enquis l’avocat britannique. « Où est la maison jaune ? », a-t-il lâché, rappelant que « ces allégations étaient la raison d’être de ce tribunal ».
Au printemps 2008, la procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Carla del Ponte, avait provoqué une tempête en écrivant, dans ses mémoires, que des organes auraient été prélevés sur des prisonniers, opérés dans « une maison jaune » proche du village de Burrel, en Albanie. Mandaté par le Conseil de l’Europe, le sénateur suisse Dick Marty avait, après enquête, confirmé les faits en 2011, ouvrant la voie à la création du tribunal spécial.
« Une collection d’incidents
Mais neuf ans plus tard, si l’acte d’accusation évoque les mouvements constants de prisonniers entre différents sites tenus par l’UCK au Kosovo et en Albanie, aucune accusation de trafic d’organes n’y figure. Et hormis le procureur, nul ne sait pour l’instant si ces faits sont, à défaut d’être retenus dans les charges, relatés dans les paragraphes encore confidentiels du document, mais David Hooper martèle sa défense : « M. Thaçi savait que c’était un non-sens, et parce qu’il savait que c’était un non-sens, il a aidé à mettre en place ce tribunal. » Créé en 2015 par l’Union européenne à l’instigation des Etats-Unis, il avait été validé à reculons par le parlement à Pristina et reste aujourd’hui largement contesté.
Pour maître Hooper, l’acte d’accusation revient à « une collection d’incidents, dont beaucoup ont été jugés par le TPIY ». Ces « incidents » s’étalent dans un document de 51 pages relatant le sort de centaines de prisonniers, dont celui d’Albanais siglés « collabos » et « traîtres » à la guérilla contre les forces Serbes, dont les partisans de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) d’Ibrahim Rugova, défenseur de l’action non violente contre l’oppresseur. Lors de la guerre de 1998-1999, « les détenus ont été frappés sur tout le corps avec des bâtons, des chaînes, des cordes et des crosses de fusils », décrit le document. Ils ont reçu « des coups de poing, des coups de pied, des électrocutions et/ou des menaces de mort. Ils pouvaient entendre et voir les sévices infligés aux autres détenus et ont été contraints de se battre ».
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