Les Afghanes redoutent d’être « les victimes de la paix »

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Nilofar Ayoubi, directrice d’un atelier de fabrication de meubles dans l’ouest de Kaboul, s’adresse à ses employés, le 3 octobre.

Nilofar Ayoubi ne sort plus de chez elle sans être accompagnée d’hommes armés, depuis que les attaques contre les femmes se multiplient à Kaboul. Une parlementaire, une chef de la police et une militante des droits humains ont récemment été visées par les balles de tueurs. Agée de 25 ans, elle dirige un atelier de fabrication de meubles dans l’ouest de la capitale afghane et s’occupe aussi d’une association d’aide aux enfants et aux défavorisés. Une visibilité inacceptable pour des islamistes locaux, d’autant plus qu’il y a peu de temps encore, elle conduisait sa propre voiture.

« L’Etat est incapable de nous protéger. C’est donc à nous de le faire », glisse-t-elle en fixant son interlocuteur de ses grands yeux marron. Depuis, avec son mari et ses trois enfants, elle a dû changer de mode de vie et son appartement, au neuvième étage d’une tour du quartier branché de Kart-é Char, est sous la constante surveillance de gardes privés.

Alors que les négociations historiques, débutées le 12 septembre, à Doha, entre les talibans et le régime de Kaboul, patinent, retardant le retour à la paix après quarante ans de guerre, Nilofar Ayoubi se dit « plus angoissée » que jamais pour son avenir et celui de son pays.

Après le départ prochain des troupes américaines, prévu dans un préaccord signé, le 29 février, entre Washington et les insurgés, ces derniers auront la voie libre. La présence des talibans au sein du pouvoir et le poids de leur interprétation rigoriste de l’islam font planer l’inquiétude au sein de l’intelligentsia afghane, notamment les femmes. Elles redoutent de voir disparaître les acquis obtenus depuis la chute des talibans, fin 2001 : l’accès à l’éducation et aux emplois.

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« Avant les pourparlers, les femmes n’ont jamais été spécifiquement ciblées, mais depuis cette deuxième série de discussions [entre Kaboul et les talibans], elles le sont, soutient Nilofar Ayoubi, finement maquillée, portant un jean bleu moulant et des baskets blanches. C’est un vrai signal d’alarme pour toutes les Afghanes, tout particulièrement pour celles qui sont à la table des négociations. »

La gifle d’un taliban

Bien qu’enfant pendant le règne des talibans (1996-2001), Nilofar Ayoubi se souvient encore du jour où elle s’est fait arrêter alors qu’elle marchait sans foulard dans la rue de sa ville natale de Kunduz, au nord du pays. Le taliban vérifie, en touchant sa poitrine, qu’il s’agit bien d’une fille, alors qu’elle n’a que 4 ans. « Il m’a dit : “Tu es une fille. Pourquoi tu ne t’es pas couvert les cheveux ?” Ensuite, il m’a giflée et m’a sommée de ne plus jamais sortir de la maison. Je n’oublierai jamais cette gifle et ces attouchements », confie-t-elle.

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