L’erreur de Bernie Sanders

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Chronique. Une règle non écrite de la politique américaine veut qu’un socialiste ne puisse jamais accéder à de hautes fonctions nationales. Pourtant, aujourd’hui, un « socialiste démocratique » autoproclamé, le sénateur Bernie Sanders, est l’un des deux principaux candidats à l’investiture démocrate.

La dynamique en faveur de Sanders reflète un désir de solutions radicales à des problèmes graves. Après 1945, l’économie est devenue plus productive et les salaires des travailleurs de tout niveau ont augmenté de plus de 2 % par an en moyenne. Mais depuis quarante ans, l’augmentation de la productivité est atone et une part croissante des gains est accaparée par les propriétaires de capital et les plus éduqués, les salaires médians stagnent, ceux des travailleurs peu qualifiés diminuent. Les 0,1 % les plus riches concentrent aujourd’hui plus de 11 % du revenu national, contre environ 2,5 % dans les années 1970.

Le socialisme démocratique offre-t-il un remède ? Considérant l’économie de marché comme incorrigible, sa solution est d’en réduire la base, la propriété privée des moyens de production, en prônant une démocratie économique où les entreprises seraient contrôlées soit par les travailleurs, soit par une structure administrative dépendante de l’Etat.

Mais, dans le débat américain actuel, le socialisme démocratique est amalgamé à la social-démocratie des pays scandinaves, que Bernie Sanders cite souvent comme modèle. Il existe en fait des différences profondes entre les deux.

Le fondement de la prospérité d’après-guerre

Le Parti social-démocrate suédois (SAP) a pris ses distances dès le début du XXe siècle avec l’idéologie marxiste. L’un de ses fondateurs, Hjalmar Branting (1860-1925), offre une plate-forme politique attrayante aux ouvriers, mais aussi à la classe moyenne. Le SAP accède au pouvoir au début de la Grande Dépression par des moyens démocratiques, avec 41,7 % des voix aux élections de 1932. Il réunit, en 1938, les représentants des entreprises, des syndicats, des agriculteurs et du gouvernement dans la ville balnéaire de Saltsjöbaden, lançant une ère de coopération qui a défini l’économie suédoise pendant des décennies.

Dans le modèle Rehn-Meidner (du nom des deux économistes qui le formalisent en 1951), syndicats et patronat négocient les salaires à l’échelle d’un secteur, tandis que l’Etat mène des politiques de l’emploi et de la protection sociale actives, investit dans la formation des travailleurs et l’éducation publique. Tous les travailleurs qui font le même travail étant payés le même salaire quel que soit leur niveau de compétence ou la rentabilité de leur entreprise, les plus productives d’entre elles peuvent croître au détriment de leurs concurrentes moins compétitives, rendant ainsi les firmes suédoises très concurrentielles à l’exportation.

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