L’enquête sur le naufrage de l’« Estonia » relancée

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La proue de l’« Estonia » soulevée des fonds marins, au large de l’île d’Uto, en mer Baltique, le 19 novembre 1994, près de deux mois après le naufrage du ferry.

Jugés depuis fin janvier, le journaliste Henrik Evertsson et l’océanographe Linus Andersson risquaient jusqu’à deux ans de prison pour avoir envoyé un robot plongeur sur l’épave de l’Estonia, en septembre 2019. Depuis 1995, un traité international interdit l’accès à la carcasse du navire, qui repose par 85 mètres de fond dans les eaux internationales, en mer Baltique. Les deux Suédois étaient les premiers à être jugés pour l’avoir violé.

Lundi 8 février, toutefois, le tribunal de première instance de Göteborg les a blanchis, reconnaissant qu’au moment des faits, ils se trouvaient tous les deux à bord d’un bateau allemand. Or l’Allemagne n’a pas signé le traité de sanctuarisation de l’Estonia. Selon le tribunal, c’est donc le droit international qui s’impose.

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A peine le jugement connu, certains experts ont mis en garde contre le risque de voir l’épave transformée en attraction pour explorateurs peu scrupuleux, alors que les restes de centaines de victimes s’y trouvent probablement toujours. Sur les 989 personnes qui avaient embarqué à bord du ferry à Tallin, en Estonie, le 27 septembre 1994, 852 ont péri − dont 501 Suédois et 284 Estoniens – mais seulement 94 corps ont été retrouvés.

Pour les survivants et les familles des victimes, pourtant, ce jugement est une bonne nouvelle à plus d’un titre. D’abord, parce qu’il acquitte le journaliste et l’océanographe, qui ont permis de relancer l’enquête, grâce à leur documentaire « “Estonia” : la découverte qui change tout », diffusé en septembre 2020, sur la chaîne Discovery.

Et puis, « parce qu’en disant que le traité ne s’applique pas aux pays qui ne l’ont pas signé, il va mettre la pression sur les autorités pour examiner le bateau et apporter enfin de véritables réponses », veut croire Lennart Berglund, président d’une association de victimes, dont les beaux-parents sont morts dans la catastrophe. « Autrement, d’autres s’en chargeront », affirme-t-il.

Un trou béant

Fin janvier, le ministre suédois de l’intérieur, Mikael Damberg, a annoncé que son gouvernement préparait un texte de loi permettant d’amender la législation qui protège l’épave. Il n’est pas question de remettre en cause le statut de sépulture marine de l’Estonia, mais d’autoriser des explorations, dans le cadre d’une enquête officielle, effectuée sous le contrôle des autorités suédoise, finlandaise et estonienne.

Les survivants et les familles des victimes le réclamaient depuis des années. La plupart n’ont jamais été convaincus par les conclusions de la commission d’enquête internationale, rendues en 1997, qui défendaient la thèse de l’accident. Dans leur rapport, les experts mettaient en cause une déficience du système de verrouillage de la porte escamotable. Sous la pression des vagues, les attaches de l’étrave mobile [pièce qui forme la proue d’un navire] auraient cédé, provoquant l’ouverture de la rampe d’accès et le naufrage du bateau en moins d’une heure.

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