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Il était l’auteur du best-seller L’Homme-dé, livre-culte, selon l’expression consacrée, publié en 1971 aux Etats-Unis et en 1973 en France (Seuil, republié en 2019 aux Forges de Vulcain). Comme son héros, il jouait volontiers aux dés les moments-clés de son destin. Son dernier coup n’a pas aboli le hasard. L’écrivain américain Luke Rhinehart est mort, le 6 novembre, chez lui à Canaan, au nord de l’Etat de New York, a appris Le Monde auprès de son éditeur français. Il allait avoir 88 ans.
L’homme ne s’appelait d’ailleurs pas Rhinehart. C’était un pseudonyme qu’il avait emprunté à son personnage-star, un psychiatre déviant agité par des pulsions récurrentes de viol et de meurtre. De son vrai nom George Powers Cockcroft, ce fils d’ingénieur – son père s’était suicidé alors qu’il n’avait que 9 ans – était né à Albany, dans l’Etat de New York, le 15 novembre 1932. Très tôt, il avait aimé jouer. Pour surmonter sa timidité maladive et s’aider à décider dans les situations inextricables, mais aussi par pur plaisir. Parce que, répétait-il, « le jeu, l’amusement, voilà ce que devrait être la vie humaine ».
La méthode Cockcroft
C’est ainsi qu’il avait élu sa femme, Ann. Ayant aperçu deux infirmières sortant de leur journée de travail, il avait laissé le hasard lui en désigner une, celle à qui il proposerait de la raccompagner chez elle, avant de l’épouser, en 1956. Quand on s’étonnait de sa façon de vivre, Rhinehart rétorquait que c’était la seule possible, et que « l’esprit de sérieux était une maladie majeure », hélas chronique, de l’espèce humaine.
Après avoir étudié le zen et le soufisme, et débuté comme professeur de littérature à Long Island, Rhinehart-Cockcroft vit un certain temps en hippie, au Mexique d’abord, puis sur un bateau avec sa femme et leurs trois enfants : une expérience dont il tirera son Odyssée du vagabond (Robert Laffont, 1984).
C’est en 1969 que, installé à Majorque, aux Baléares, le futur écrivain décide de terminer son premier roman, The Dice Man, L’Homme-dé. Ignoré dans sa première édition américaine, le livre connaît le succès en Grande-Bretagne puis en Suède, au Danemark et plus tard en Espagne. Au total, il s’écoule à 2 millions d’exemplaires et devient un objet important de la culture populaire, celle du rock en particulier, où nombre de personnalités s’inspirent de la méthode Cockroft, qui ne jure que par un respect rigoureux de l’aléatoire. Ironie, ce n’est que tardivement que Rhinehart découvre l’ampleur de son succès. Pendant des années, il vit coupé de tout. Lorsqu’il se réinstalle en Amérique, c’est, à l’instar de ses compatriotes les plus discrets, Pynchon ou Salinger, en optant pour le confort de l’incognito. « Mes voisins ne savent pas que je suis écrivain, confiait-il en 2018 au « Monde des livres ». Aux Etats-Unis, je suis George Cockroft. Ce sont toujours des Européens qui viennent me voir. »
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