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Diplômée de l’université Columbia et spécialiste du Congrès américain, Maya Kandel est chercheuse associée à l’université Paris-III Sorbonne-Nouvelle (CREW). Elle a notamment publié Les Etats-Unis et le monde. De George Washington à Donald Trump (Perrin, 2018), où elle propose une mise en perspective de la politique étrangère des Etats-Unis depuis leur naissance.
Trump est décrit comme un politicien impulsif, un populiste dépourvu de toute cohérence idéologique. Or vous dites au contraire que le trumpisme existe et que « son essence est le nationalisme ». Pourquoi ?
Ce n’est pas contradictoire ! Trump a longtemps été plus proche des démocrates que des républicains – par ses contributions de campagne ou ses prises de position « libérales », comme sur l’avortement. Mais Trump n’est pas un idéologue ni un intellectuel, c’est d’abord un homme d’affaires, un businessman – et un showman. Ce qui a fait sa notoriété si ce n’est sa fortune, c’est le show de téléréalité « The Apprentice » [sur NBC]. Et il faut lui reconnaître sa maîtrise de la communication et sa domination du message médiatique. Trump a aussi bénéficié d’opérations très fines de recueil des données (par le biais de l’entreprise spécialisée Cambridge Analytica notamment). Cela lui a permis de calibrer des messages précis, à destination de groupes d’électeurs constitutifs du Parti républicain – puisque c’est dans les primaires républicaines qu’il a choisi de concourir en 2015. Cela éclaire par exemple son alliance avec le mouvement antiavortement et plus largement avec les évangéliques, à qui il a promis de nommer « leurs » juges – des choix sans rapport avec ses convictions personnelles.
Ce sont d’autres qui ont théorisé pour lui. Steve Bannon tout particulièrement, recruté à l’été 2016, qui a insufflé les thématiques de l’alt-right dans la campagne trumpienne, a soufflé à Trump ses points communs avec Andrew Jackson [7e président des Etats-Unis, connu pour son populisme en politique intérieure et sa politique de « nettoyage ethnique » des Amérindiens] dont il a accroché le portrait dans le bureau Ovale ; Steve Miller, son conseiller sur l’immigration ; Yoram Hazony et le think tank californien Claremont Institute, d’où provient cette phrase, sous la plume de Christopher DeMuth : « Le trumpisme a une essence et cette essence est le nationalisme ». Le trumpisme désigne ces idées fortes derrière la coalition électorale qui a donné la victoire à Trump, et la théorisation intellectuelle a posteriori que l’on peut en faire : un mélange de messages « antisystème » et antiélites, de nationalisme, de conservatisme religieux, et d’illibéralisme.
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