« Le refus d’un emprunt commun n’est pas seulement égoïste, il est irresponsable »

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Tribune. En plein drame sanitaire, les Etats européens ne sont pas parvenus à s’entendre, après un psychodrame de deux semaines, sur la question des « coronabonds », ou sur toute forme de mutualisation de la dette au niveau européen, sur la question des « coronabonds », ne s’accordant, jeudi 9 avril, que sur un recours limité au Mécanisme européen de solidarité (MES).

Au début des années 2010, la crise des dettes souveraines européennes a durement touché les pays du sud de la zone euro : la défiance des investisseurs a fait s’envoler les taux d’intérêt sur la dette publique portugaise, grecque, espagnole et italienne, le Portugal et la Grèce ont même été contraints de cesser temporairement d’émettre de la dette sur les marchés. Les plans d’aide financière de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) furent assortis de conditions d’austérité drastiques, qui renforcèrent la récession et la crise sociale. Ces quatre pays en payent encore les conséquences aujourd’hui : le taux de chômage des jeunes s’élève à près de 30 % en Espagne et en Italie, avoisinant même les 40 % en Grèce.

Aujourd’hui, les coûts liés à l’épidémie et à la mise à l’arrêt de l’économie s’annoncent massifs pour ces pays, alors même que l’endettement frise déjà les 100 % du PIB pour l’Espagne, 120 % pour le Portugal et 180 % pour la Grèce, et que les taux souverains italiens sont repartis à la hausse.

« Comment fermer les yeux plus longtemps sur le besoin d’un outil budgétaire européen digne de ce nom ? »

Héritage de la dernière crise, le Mécanisme européen de stabilité pourra être activé pour venir en aide aux pays peinant à honorer le paiement de leur dette (même si les Pays-Bas s’y opposent encore). C’est d’ailleurs l’argument utilisé par Angela Merkel pour rejeter l’idée des « coronabonds ». Mais les interventions du MES sont conditionnées au respect du « pacte budgétaire européen », sous peine de sanctions. La France a demandé une conditionnalité allégée, mais l’Italie en refuse le principe même : toute intervention du MES a un effet stigmatisant sur le pays aidé. L’urgence aujourd’hui est d’éradiquer le virus tout en prévenant une nouvelle crise de la dette, non de mettre un Etat sous perfusion en envoyant un signal négatif sur sa situation financière.

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Dans un tel contexte, la création de « coronabonds » apparaît indispensable. Quoi de plus logique que d’apporter une réponse européenne à une crise sanitaire dont tous les pays pâtiront si la contagion n’est pas endiguée correctement dans l’un d’entre eux ? Comment ne pas tenter de limiter la crise sociale qui se profile et à laquelle certains Etats exsangues, privés de marge de manœuvre budgétaire, devront faire face ? Comment fermer les yeux plus longtemps sur le besoin d’un outil budgétaire européen digne de ce nom ? La BCE permet pour le moment, en rachetant massivement de la dette souveraine, de parer à une situation d’urgence. Mais Christine Lagarde, sa présidente, a déjà appelé les Etats à « un puissant volet budgétaire ».

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