« Le rachat massif de titres d’Etat par la BCE ne créera pas d’inflation »

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« Il est temps d’écarter les dogmes qui en temps normal ont leur raison d’être, mais qui deviennent sources de destruction en temps de crise. » (Photo : le siège de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort, en Allemagne.)
« Il est temps d’écarter les dogmes qui en temps normal ont leur raison d’être, mais qui deviennent sources de destruction en temps de crise. » (Photo : le siège de la Banque centrale européenne (BCE) à Francfort, en Allemagne.) GAVIN HELLIER / Sirius / robertharding / Photononstop

Tribune. Pour faire face à la crise économique profonde qui s’annonce, nous proposons un financement monétaire par la Banque centrale européenne (BCE) des déficits budgétaires provoqués par les mesures de soutien aux économies accordées par les Etats. Cette stratégie devrait permettre de contrer la récession qui s’amorce sans créer pour autant de l’inflation.

Diverses mesures ont été prises pour venir en aide aux entreprises en difficulté ou susceptibles de l’être. De même, il est probable que l’Etat viendra en aide aux banques menacées faute d’obtenir le remboursement de leurs prêts. Ces dépenses seront engagées alors que ses revenus fiscaux et autres seront temporairement réduits. Cela aura pour effet d’augmenter de façon permanente la dette publique par rapport au produit intérieur brut (PIB).

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Dans les pays de la zone euro les plus touchés par la pandémie, cette dette pourrait devenir insoutenable. Cette situation risque de susciter la méfiance des marchés financiers et de provoquer une hausse rapide des taux d’intérêt auxquels les Etats empruntent. En procédant à des achats de titres publics sur le marché secondaire ou en les prenant en pension, la BCE permettra aux Etats européens d’éviter une crise de liquidité.

La BCE devrait acheter les titres publics directement aux Etats

C’est un pas en avant. Mais elle n’améliorera pas leur solvabilité. Ils seront toujours débiteurs d’une banque centrale qui leur est extérieure. Ces Etats seront donc bien davantage soumis aux pressions des marchés que ceux dont les titres sont achetés par une banque centrale appartenant à la même administration que le Trésor émetteur des titres, comme aux Etats-Unis, au Japon ou au Royaume-Uni.

Pour éviter une telle situation, la BCE devrait acheter les titres publics directement aux Etats. Afin de leur donner les coudées franches pour mener des politiques structurelles, les échéances des créances sur les Etats détenues par la BCE pourraient être rallongées, c’est-à-dire de facto neutralisées. En 1951, par exemple, les dettes négociables à court terme du Trésor américain ont été converties en titres non négociables à échéance de vingt-neuf ans. Il serait même concevable de transformer des titres publics acquis par la BCE en rentes perpétuelles à très faible intérêt, sinon sans intérêt.

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A première vue, le principal risque d’une telle politique de rachat de titres publics semble être celui de l’inflation. Plusieurs mois de distribution de revenus de compensation aux entreprises et aux ménages sans production correspondante ne rendront-ils pas celle-ci inévitable ? De surcroît le sous-investissement au cours de la période de confinement risque de ralentir le redémarrage de la production.

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