le pouvoir choisit la manière forte

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Un manifestant face aux policiers, à Bangkok, le 16 octobre.

Quand sonne l’heure de la répression : après trois mois de laisser-faire, le pouvoir thaïlandais a désormais choisi la manière forte alors que se sont poursuivis deux jours durant, jeudi 15 et vendredi 16 octobre, de nouvelles manifestations antigouvernementales dans le centre de Bangkok.

Plusieurs milliers de militants avaient osé braver vendredi, pour la deuxième journée d’affilée, l’interdiction de manifester et de rassemblement de plus de quatre personnes, mesure que les autorités avaient annoncée la veille dans le cadre d’un état d’urgence « renforcé ». Ce nouveau soir de défi, le gouvernement ne pouvait le tolérer, sauf à accepter de perdre la face.

La confrontation entre manifestants et police antiémeute a commencé en début de soirée, sous une pluie battante, tout près de Siam Square, le cœur battant des temples thaïlandais de la consommation. D’un côté, sur une dizaine de rangs, des centaines de policiers casqués, munis d’un bouclier et d’un bâton. Ils n’ont pas d’arme à feu. De l’autre, un nombre à peu près semblable d’étudiants et de jeunes, dont le seul outil de protection est le parapluie. Les insultes fusent, dirigées contre le premier ministre Prayuth Chan-o-cha, ex-général putschiste, confirmé à la tête du pays en 2019 à l’issue d’un processus électoral controversé : « Va te faire foutre, Prayuth ! », hurlent des jeunes. « Prayuth, dégage ! », crient d’autres.

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Peu après 19 heures, la masse policière s’avance tandis que se déclenchent derrière elle les tirs de canon à eau. La foule est aspergée d’un liquide bleuté mélangé à une substance dont les effets sont similaires à du gaz lacrymogène. On pleure, on crie, la manifestation se disloque, les derniers « résistants » se dirigent vers l’université Chulalongkorn, toute proche, où leurs camarades étudiants ont annoncé pouvoir les protéger.

Sentiment antimonarchiste

Cette toute dernière épreuve de force, qui fait suite au grand rassemblement de mercredi durant lequel la limousine transportant la reine avait été conspuée par une poignée de manifestants, ne va pas être la dernière : les étudiants ont appelé à une nouvelle manifestation, samedi à 16 heures (11 heures à Paris). Le gouvernement n’a pas exclu l’imposition du couvre-feu si les manifestations se poursuivaient.

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Exigences de démission du premier ministre, critiques renouvelées contre le roi Vajiralongkorn et son immense fortune, demande de l’établissement d’une vraie démocratie parlementaire et appel au démantèlement d’une oligarchie militaro-royaliste coiffant un système d’inégalités désormais ressenties comme intolérables par une partie de la jeunesse urbaine, des intellectuels et des étudiants : les griefs sont nombreux et le sentiment antimonarchiste de certains est une première dans l’histoire récente.

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