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Les 403 pages fournissent des éléments inédits sur la politique d’internement massif de la minorité ouïgoure dans la région autonome du Xinjiang. Ces documents internes incluent aussi des discours de Xi Jinping et des directives pour rassurer les étudiants dont les parents ont été envoyés en détention.
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C’est l’une des plus grosses fuites de l’histoire de la Chine contemporaine depuis les « Tiananmen Papers » en 2001 : dans une série d’articles publiés le 16 novembre, le New York Times livre le compte rendu de quelque 403 pages de documents internes au Parti communiste chinois. Ils fournissent des éléments inédits sur la politique d’internement massif de la minorité musulmane ouïgoure dans la région autonome du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine. La fuite est attribuée à une personnalité de « l’establishment chinois » qui « espère que ces révélations empêcheront les dirigeants du Parti communiste, dont le président chinois Xi Jinping, d’échapper à leurs responsabilités ».
Lancée début 2017, cette politique n’a jamais été reconnue par l’Etat chinois. Mais elle est attestée par de nombreux travaux de chercheurs et un nombre croissant de témoignages. Les documents exfiltrés comportent des discours de Xi Jinping au sein du parti jamais rendus publics dans lesquels il exprime son exaspération après la série d’attentats de 2013-2014 attribués à des djihadistes ouïgours et le lancement cette année-là de la « guerre contre le terrorisme ». M. Xi se plaint des méthodes « trop primitives » des cadres du parti jusqu’à aujourd’hui, et encourage à « être beaucoup plus durs » et à « ne montrer absolument aucune pitié ».
Ce sera la mission du nouveau chef du parti de la région autonome, intronisé à l’été 2016, Chen Quanguo, désigné exécuteur en chef d’un programme de « déradicalisation » qui va remplir les prisons ainsi que de nouveaux camps d’internement, que la Chine continue de décrire aujourd’hui comme des centres de formation professionnelle. D’un à trois millions de personnes y seraient enfermées.
« Arrêtez tous ceux qui doivent l’être », déclare à plusieurs reprises Chen Quanguo dans ses discours début 2017. Parmi les documents récupérés, l’un d’entre eux jette une lumière particulièrement crue sur le double langage des officiels chinois : un pense-bête donné aux cadres de la ville de Turpan prépare les réponses à donner aux étudiants ouïgours des provinces de l’intérieur de la Chine qui reviennent en vacances dans leur famille et découvrent que plusieurs proches sont internés.
Les responsables sont incités à prendre un maximum de précaution avec ces jeunes qui pourraient « envoyer des messages incorrects sur les réseaux sociaux ». Il faut donc les rassurer, mais aussi leur faire comprendre que tout écart risque de peser dans la notation des membres de leur famille. L’officiel est incité à expliquer les subtilités de la déradicalisation à laquelle sont soumis les proches : « Ils n’ont commis aucun crime et ne seront pas reconnus coupables. C’est juste que leur pensée a été infectée par des pensées malsaines, propose le pense-bête. Comme quand une personne insouciante a attrapé un virus dangereux. »
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